Québec indien, ienne 01.
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VedetteDéfinition
Indien, ienne (n.) [API] Cliquez pour entendre la prononciation.

De nos jours, le mot s'écrit avec une majuscule à l'initiale quand il est employé comme substantif désignant une personne; on observe un certain flottement sur ce point dans la documentation.
Autochtone d'Amérique qui n'est ni un Inuit ni un Métis de l'Ouest canadien.Estampe du peintre Cornélius Krieghof représentant des Indiens du Bas-Canada au 19e siècle (Musée de la civilisation, S1993-15432-000)

Les Indiens d'Amérique. Les Indiens de l'Amérique du Nord, du Canada, du Québec (algonquien, iroquoien). Les Indiens de la baie James (cri), de la Côte-Nord (montagnais). L'évangélisation des Indiens par les missionnaires. L'assimilation, l'exploitation des Indiens. Les revendications des Indiens. (Avec un nom de nation autochtone apposé). Les Indiens Micmacs, les Indiens Montagnais. (Au sing., avec valeur de collectif). L'Indien. (Associé à des jeux d'enfants). Costume, chapeau d'Indien. Jouer aux cow-boys et aux Indiens.Cliquez pour entendre l'extrait sonore.

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Citation(s)Référence(s)
Il ny a rien qu'on ne profite en ce grain [de blé d'Inde] la paille est propre a divers usages, les Indienes en font de fort beaux souliers pains de diverses couleurs, elles en font des sacs, et des grandes trouces ou elles enferment leurs plus rares bigeous [...]. 1685 env., L. Nicolas, Histoire naturelle, ANC, ms. 24225, fo 15.

[archives et textes anciens]
Les Sauvages ou Indiens Alliés de sa M[ajes]té tres Chretienne Seront maintenus dans Les Terres qu'ils habitent, S'ils Veulent y rester; Ils ne pourront Estre Inquietés Sous quelque prétexte que ce puisse Estre, pour avoir pris les Armes et Servi Sa Ma[jes]té très Chretienne. – Ils auront Comme les François, la Liberté de Religion et Conserveront leurs Missionaires.1760, article 40 de la capitulation de Montréal, dans A. Shortt et A.G. Doughty (éd.), Documents relatifs à l'histoire constitutionnelle du Canada 1759-1791, 1921, 2e éd., p. 18.

[archives et textes anciens]
Un Iroquois contemplait, il y a quelques années, à New-York, un vaste édifice d'assez sinistre apparence; ses hauts murs, ses fenêtres grillées l'intriguaient beaucoup : c'était une prison. Arrive un magistrat. – Le visage pâle veut-il dire à son frère, fit l'indien, à quoi sert ce grand wigwam ? [/] Le citadin se rengorge et répond d'un ton important : – C'est là qu'on enferme les peaux rouges qui refusent de livrer les peaux de castor qu'ils doivent aux marchands. [/...] L'Iroquois visite tout l'édifice avec le soin le plus minutieux, descend dans les cachots, sonde les puits, prête l'oreille aux moindres bruits qu'il entend; et finit par dire en riant aux éclats : – Mais sauvage pas capable de prendre castor ici ? [/] L'indien dans cinq minutes donna la solution d'un problême [sic] que l'homme civilisé n'a pas encore eu le bon sens, le gros sens commun de résoudre après des siècles d'études.1863, Ph. Aubert de Gaspé, Les anciens Canadiens, p. 175.

[littérature]
A la gare [de Montréal], au moment du départ, quelques Indiens accompagnés de leurs squaws [...] viennent vous offrir des produits de leur industrie, consistant pour la plupart en ouvrages de peau d'orignal, curieusement travaillés avec des perles de couleur. Tous ces Indiens, revêtus, pour les besoins de la couleur locale, de couvertures en laine toutes plus ou moins bariolées et hétéroclites, viennent d'un joli village, entièrement habité par leurs congénères, situé à une dizaine de kilomètres de Montréal et portant le nom caractéristique de Caugnawaga.1885, S. Clapin, La France transatlantique : le Canada, p. 140-141.

[études scientifiques]
Le 2 septembre 1671, le Père Albanel arrivait au lac Saint-Jean. Il dut y passer l'hiver, et ce fut un hiver extrêmement rigoureux. Mais le brave missionnaire en avait vu bien d'autres puisqu'il avait déjà séjourné neuf ans sous la tente des Peaux-Rouges. Il profita de cette saison morte pour évangéliser les Indiens de la contrée.1951, G. Laviolette, Histoire du Canada, 4e année, p. 112-113.

[études scientifiques]
C'est que notre image de l'Indien vient d'une autre époque. Elle s'est élaborée au milieu du XIXe siècle, donc bien après Champlain. C'est à ce moment que les « progrès de la civilisation » amenèrent les Blancs à envahir les Plaines de l'Ouest américain. Dans le sillage des pionniers, des chercheurs d'or, des fanatiques religieux et, bientôt, des magnats des chemins de fer et de l'électricité, vinrent des peintres et des photographes qui créèrent le stéréotype de l'Indien tel que nous le concevons encore aujourd'hui.1984, Fr.-M. Gagnon, Ces hommes dits sauvages, p. 17.

[études scientifiques]
Commentaire linguistique
1. En parlant des autochtones d'Amérique du Nord, Indien est utilisé très rarement avant la seconde moitié du XIXe s., époque où il est adopté graduellement par les lettrés canadiens-français (écrivains, historiens, scientifiques); il n'acquiert un statut officiel dans la langue juridique canadienne qu'en 1927 et ne se répand vraiment dans la langue générale, en remplacement de Sauvage, qu'à partir des années 1950. Au Québec, on utilise plutôt Amérindien dans les textes officiels. 2. L'appellation Indien a souvent été critiquée en raison de la confusion qu'elle pouvait engendrer avec la façon de nommer les habitants de l'Inde (v. Étymologie/Historique). 3. Indien est bien attesté dans des noms de lieux québécois qui ne paraissent cependant pas remonter au-delà du XXe s. (v. RTQ 1987).
Dérivé(s), composé(s) et mot(s) de même famille
amérindianisation; amérindianiser; amérindianisme; amérindianiste; amérindianité; amérindianyme; amérindien, ienne; indianisation; indianiser; indianisme; indianité; indianologie; indianologue; indien; non-indien
Synonyme(s)
(synonymes partiels) algonquien; iroquoien; cri; montagnais; amérindien ; sauvage
Renvoi(s) onomasiologique(s)
abénaquis, ise; abitibien, ienne; agnier; agnieronnon; algique; algonquien, ienne; algonquin, ine; amérindien, ienne; attikamègue; attikamek; bande#2; cri, crie; Cristinaux; esquimau, aude; huron, onne; huron-Wendat; Ignierhonon; indien, ienne; innu, ue; inuit; iroquoien, ienne; iroquois, oise; iroquoisien, ienne; malécite; micmac, aque; mohawk; montagnais, aise; montagnais-naskapi; Montagnard; naskapi, ie; non-Indien; Poissons blancs; sauvage; Sauvage rouge; sauvageon, onne; sauvagesse; souriquois, oise; tête-de-Boule
Historique
Dérivé de Indes (occidentales). Le transfert du nom des habitants de l'Inde aux autochtones d'Amérique est attribuable aux navigateurs européens qui croyaient être arrivés aux Indes par la route de l'Ouest lorsqu'ils abordèrent le continent américain à la fin du XVe s. Très tôt, cependant, on prit conscience qu'il s'agissait d'un nouveau continent, ce qui n'empêcha pas les Espagnols et les Portugais de continuer à appeler Indios les autochtones de l'Amérique méridionale et, plus tard, les Anglais d'appeler Indians (sans doute à l'imitation des précédents) ceux de l'Amérique septentrionale. Quant aux explorateurs et aux colonisateurs français, ils ne recoururent eux-mêmes que très rarement à Indiens pour désigner les autochtones avec qui ils entrèrent en relation. Au XVIe s., on ne relève cette appellation que chez de rares auteurs, dont le navigateur honfleurais B. Paulmier de Gonneville, en 1505, qui s'en sert pour nommer les indigènes du Brésil, et le navigateur R. de Laudonnière, en 1586, qui l'utilise pour nommer les indigènes de la Floride vivant à proximité d'une colonie de huguenots français (on trouvera plus loin des précisions sur les premières dates d'attestation du mot). Au XVIIe s., on ne la rencontre déjà plus que de façon exceptionnelle dans les écrits se rapportant à la Nouvelle-France, ce qui signifie peut-être que le mot était senti comme inapproprié; la vaste majorité des auteurs utilisent plutôt soit des noms ethniques spécifiques, soit le générique sauvage, soit parfois encore le nom d'Américain. Quand ils emploient Indiens, c'est par référence aux autochtones qui vivent sur les territoires colonisés par les Espagnols, par les Portugais ou par les Anglais. C'est d'ailleurs ce qu'avaient déjà observé les auteurs du dictionnaire de Trévoux en 1721 : «[...] on appelle aussi Indiens les peuples de l'Amérique, les Amériquains naturels, au moins ceux du midy, & même jusqu'à la Virginie; car pour ceux du nord on ne les appelle point communément Indiens en nôtre langue, ou si on le fait c'est très rârement.». On comprend ainsi que certains auteurs français puissent n'employer l'appellation Indien que dans leur correspondance avec les Anglais. Ainsi en va-t-il du père de Lamberville dans une lettre adressée en 1684 à Thomas Dongan, gouverneur de New York (lettre reproduite dans P. Dubé (éd.), La Nouvelle-France sous Joseph-Antoine Le Febvre de La Barre, 1993, p. 222-226); on observe la même pratique chez le baron de Lahontan dans un mémoire adressé vers 1702 au comte de Nottingham (v. Lahontan, Œuvres complètes, édition critique par R. Ouellet et A. Beaulieu, t. 2, 1990, p. 1035-1043). Mis à part ces cas, le mot ne s'applique pratiquement jamais en français aux autochtones de la Nouvelle-France, et ce jusque vers le milieu du XVIIIe s. À partir de la Conquête (1760) et pendant presque un siècle, Indien est employé à l'occasion au Canada français, mais dans des textes traduits de l'anglais : documents (actes, traités, lois, etc.) dans lesquels il est question des autochtones qui vivent sur les territoires que la France vient de céder à l'Angleterre, ou articles de journaux dans lesquels on fait référence à ceux qui vivent sur le territoire actuel des États-Unis. Pour le reste, c'est l'appellation Sauvage qui reste d'usage courant dans la langue générale et dans la langue administrative. On n'assiste à une véritable émergence de Indien au Canada français que vers le milieu du XIXe s., époque où il s'introduit chez les lettrés, sinon sous l'influence directe de l'anglais nord-américain, du moins indirectement, par l'intermédiaire du français de France. En effet, cette appellation s'est déjà largement répandue en France dans la première moitié du XIXe s., grâce aux romans de Châteaubriand notamment, mais surtout grâce à ceux de l'Américain James Fenimore Cooper qui sont traduits et publiés à partir de 1826, puis souvent imités par la suite, et qui permettent aux Européens de s'imprégner de l'exotisme américain avec des mots de l'Amérique : mocassin, squaw, tomahawk, wigwam, etc., ainsi que Indien (traduisant l'anglais Indian), lui-même souvent employé en concurrence avec Peau-Rouge (traduisant l'anglais redskin). Dès les années 1850, ces œuvres exercent une grande influence sur les écrivains du Canada, dont H.-É. Chevalier, puis H.-R. Casgrain, Ph. Aubert de Gaspé, J. Marmette, A. Buies, Faucher de Saint-Maurice et bien d'autres qui adoptent rapidement tous ces américanismes dans leurs propres écrits (romans historiques, récits, essais, chroniques) et recourent à Indiens pour nommer les Amérindiens du Canada. À cette même époque, Indien commence aussi à figurer dans les écrits de spécialistes et d'historiens qui en font un usage plus ou moins fréquent, selon le cas, mais qui ne délaissent pas pour autant Sauvage, lequel, sans doute, convenait mieux pour véhiculer certaines idéologies évolutionnistes. Désormais, ces deux appellations vont traduire des perceptions différentes dans les milieux scientifiques : Indien évoque une aire géographique (il renvoie aux autochtones qui habitent l'Amérique) et il est neutre; par rapport à ce concurrent qui s'installe dans l'usage, Sauvage prend une connotation négative du fait qu'il véhicule dans son sémantisme propre une idée de primitivité. Dans les milieux scientifiques américains et français (notamment chez les américanistes), on utilise largement les appellations Indians (en anglais) et Indiens (en français) pour désigner de façon générale les autochtones d'Amérique. Cela explique sans doute que, au tournant du XXe s., Indien se soit imposé dans bon nombre d'écrits portant sur l'histoire canadienne. Sauvage reste néanmoins d'usage officiel dans la langue juridique jusqu'en 1927 (il est alors remplacé par Indien), et d'usage courant jusque dans les années 1950 ou 1960, époque où la connotation négative que les scientifiques ont attachée à cette appellation gagne la langue générale. Toutefois, au milieu du XXe s., alors qu'il est bien implanté chez les scientifiques et dans l'administration, Indien fait l'objet des mêmes critiques que celles qui circulaient aux États-Unis et en France depuis déjà un long moment : des anthropologues canadiens le considèrent comme inexact sur le plan historique (il véhicule une erreur commise par les premiers navigateurs européens), et ambigu sur le plan linguistique (il est source d'une certaine confusion avec la façon de nommer les habitants de l'Inde). On propose alors de le remplacer par un nouveau terme scientifique, neutre et univoque : Amérindien. Ce terme sert d'abord à désigner tout autochtone de l'Amérique (incluant l'Inuit), puis il finit par ne plus s'appliquer qu'aux seuls Indiens. Amérindien est devenu une appellation officielle au Québec, mais Indien s'est maintenu dans la langue juridique canadienne et demeure courant dans la langue générale. –  Indien « autochtone d'Amérique » est attesté dans les documents relatifs à la Nouvelle-France depuis 1609 (M. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, sommaire des chapitres du livre troisième. : [...] les mœurs, coutumes, & façons de vivre des Indiens Occidentaux de la Nouvelle-France, comparées à celles des anciens peuples de pardeça [...]); il est cependant entré en français quelques décennies plus tôt. Les dictionnaires de France le font habituellement remonter au milieu du XVIe s., mais sur la base de données discutables. La date de 1553 (Rabelais), avancée par GLLF et DDM-5, est erronée : dans tous les passages où Rabelais emploie le mot (comme adjectif ou comme nom), Indien (ou Indian) ne renvoie jamais aux autochtones de l'Amérique (pour ces passages, voir le site Internet «Rabelais et son temps» du laboratoire Bases, corpus et langage de l'Institut national de la langue française, CNRS, France, à l'adresse : http://134.59.31.3/rabelais.html). Dans la documentation du XVIe s., on relève Indien dès 1505, chez B. Paulmier de Gonneville : [...] estans lesdicts Indiens gens simples, ne demandant qu'à mener joyeuse vis sans grand travail; vivant de chasse et pesche, et de ce que leur terre donne de soy, et d'aucunes légumages et racines qu'ils plantent [...]; cependant, cette attestation (accompagnée de nombreuses autres dans le même texte) figure dans une transcription tardive (1658) du texte original de Paulmier de Gonneville qui est aujourd'hui perdu (v. Ch.-A. Julien et al. (éd.), Les Français en Amérique pendant la première moitié du XVIe siècle, 1946, p. 33). La date la plus assurée de la première attestation de Indien « autochtone d'Amérique » est celle de 1586; il s'agit de la date de publication de L'histoire notable de la Floride située ès Indes occidentales de R. de Laudonnière qui emploie cette appellation en parlant des autochtones de la Floride (voir p. 13 et suiv.). À partir de la première moitié du XVIIIe s., les lexicographes présentent Indien comme impropre ou abusif pour nommer un autochtone d'Amérique en raison de la confusion possible avec le nom des habitants de l'Inde (v. Trévoux 1721 : «Ce mot proprement ne devroit se dire que des peuples qui habitent le païs de l'Asie, qu'on nomme l'Inde, ou les Indes»; v. aussi Enc, s.v. Indes, AcCompl 1842, Littré et Larousse 1928); cela explique peut-être que les Français l'aient si peu utilisé en parlant des autochtones d'Amérique, jusque dans la première moitié du XIXe s., époque où il s'est répandu grâce à la littérature américaine et où l'on a développé l'habitude d'appliquer le nom de Hindous aux habitants de l'Inde pour lever toute ambiguïté (v. TLF, s.v. hindou, et DupréEnc, s.v. indien).
Français de référence
Réalité propre
Emploi qui réfère à une réalité propre au pays ou à la région de la variété de français, ou qui en provient.
Mot particulier
Emploi particulier par son statut (registre d'emploi, domaine d'emploi, fréquence relative ou connotation).
#QU-410805