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Francophonie
Suisse gicler 01.
7 citations
Commentaires
Renvois
Géolinguistique
VedetteDéfinition
gicler (v. trans.) [API]

Asperger, éclabousser; arroser (en partic. avec un tuyau d'arrosage).

La voiture a giclé le passant. Gicler la pelouse. Gicler une voiture pour la laver. Gicler un incendie pour l'éteindre. Gicler deux chiens qui se battent pour les séparer. Gicler sa chemise avec de la sauce tomate. L'huile dans la poêle a giclé la tapisserie de la cuisine.

[État des données: avancé]
Citation(s)Référence(s)
Sur l'eau violette flottait une légère vapeur. Alors devant nous tous, le grand garçon se déshabilla. Il apparut en caleçon de bain et se jeta dans l'eau. Nous poussâmes en chœur un cri. Mais après s'être ébroué et nous avoir giclés, il se promena paisiblement dans l'eau qui lui arrivait aux aisselles. 1968, C. Bille, La Fraise noire, p. 128.

[littérature]
Celui-ci pour punir ses fils les giclait au jet, hurlants et nus, dans son jardin. 1969, J. Chessex, Portrait des Vaudois, p. 137.

[littérature]
Il voyait les troupes approcher du château, le premier soldat grimper vivement sur le perron, faire irruption dans le salon, où la pendule régnait encore. Puis saccager le bureau, et tous les dossiers de tous les malades, grimper au galetas, attraper au collet Piero, qui n'aurait pour se défendre que ses pinceaux, avec lesquels il giclerait le visage du soudard, avant de se faire assassiner. 1973, É. Barilier, L'Incendie du château, p. 154.

[littérature]
J'ai passé l'après-midi à guetter le chantier où la vie semble s'être ralentie; les hommes bien habillés qui font attention à ne pas salir leurs chaussures, à ne pas gicler leurs pantalons bien pliés [...]. 1975, A.-L. Grobéty, Zéro positif, p. 192.

[littérature]
[...] ce n'était pas la première fois qu'on l'embêtait, avant on avait déjà arrosé son courrier, on allait chercher l'eau à la fontaine dans un gobelet en métal, on giclait les journaux, les lettres, l'encre était toute délavée, bien fait, il ne pouvait plus rien lire. 1980, J. Chessex, Où vont mourir les oiseaux, p. 21.

[littérature]
La vache apeurée remontait la ruelle en tirant en arrière sur la corde, butant, pataugeant, chiant, giclant de jaune les pavés pointus, renâclante et résignée, devinant le coup de marteau sur la cartouche au milieu du front quand on amarre par deux courroies autour des cornes le tube de fer, le canon. 1983, M. Chappaz, À rire et à mourir, p. 152.

[littérature]
Quand j'étais gosse, je plaçais des lattes de bois autour de petits sapins. Puis je les giclais et l'eau se transformait en glace, c'était mes premiers palais.1996, Le Nouveau Quotidien, 12 janvier, p. 32.

[presse, journaux, périodiques]
Commentaire linguistique
La grande fréquence des différents emplois dans la littérature laisse supposer qu'ils ne sont guère sentis comme régionaux.
Dérivé(s), composé(s) et mot(s) de même famille
giclé, ée; giclée
Répartition
  • s01 - Suisse romande
  • s09 - + Franche-Comté
Historique
Première attestation : 1809/16 («gicler les caquels», v. Pier); Dialectalisme; type répandu depuis longtemps dans l'aire francoprovençale, emprunté par le français central depuis le dix-neuvième siècle (v. FEW 2, 715a, note 6 et TLF), mais dans des emplois beaucoup plus restreints qu'en fr. rég. de SR. Certaines variétés régionales de français de l'aire occitane connaissent la variante giscler (v. BrunMars 1931; NouvelAveyr 1978; BlanchetProv 1991). Le mot gicler est cité dans plusieurs sources de français régional (de France et de SR), mais il s'agit souvent de l'emploi intransitif qui est devenu général en français (voir Francophonie). — RézeauDuPinAng (1746-1748); SchneiderRézDoubs 1786; GuilleDial 1825, p. 60; PeterVoc 1828; GuilleNeuch 1829-32; PeterCacol 1842; HumbGen 1852; CalletVaud 1861; GrangFrib 1864; BonNeuch 1867; GasconDôle 1870; «lancer un liquide par pression» CorbisBelfort 1879; «jicler ??lancer de l'eau'» CarrezHJura 1906; WisslerVolk 1909; OdinBlonay 1910, p. 130a; Pier, PierSuppl; BoillotGrCombe 1929; FEW 2, 713ab, *[API] II 2; MeijerEnq 1962, p. 12, 20, 28, 32, 34, 46, 72, 76, 82, 100, 120, 136, 142; TLF; WolfFischerAlsace 1983 (jicler «éclabousser»; cite Dhauteville 1852); GR 1985; DromardFrComt 1991; Lengert 1994 (où le sens de «déraper», en 2b, est à corriger par «se précipiter»); DSR 1999; Garino 2003 (pour le sens 05.); «(Suisse)» NPR 2007.
Étymon du FEW
*cisculare
Bilan métalinguistique
Emploi critiqué dans les cacologies. — GuilleNeuch 1829-32, p. 75; PeterCacol 1842; CalletVaud 1861 s.v. jaillir; GrangFrib 1864 s.v. jicler; PludFranç 1890, p. 10; DupertuisVaud 1892, p. 24; PludFranç 1918, p. 25.
Français de référence
Remarque(s)
En fr. de réf., les emplois de gicler sont beaucoup moins étendus; on ne le rencontre guère que comme intransitif, et il s'applique essentiellement à des matières liquides ou semi-liquides (la boue gicle, le sang gicle, etc.). Cet emploi restreint est aussi, bien sûr, usité en Suisse romande.
Francophonie
Commentaire(s) intrazone
FRANCE: Le mot gicler est cité dans plusieurs sources de français régional de France, mais il s'agit souvent de l'emploi intransitif qui est devenu général en français : cf. VurpasDuPinLyon [env. 1750] («faire gicler de l'eau»); MolardLyon 1803 («faire gicler de l'eau»); GaudyGen 1827 («jaillir»); BeauquierDoubs 1881 («faire gicler de l'eau»); VachetLyon 1907 («s'échapper vivement, en parlant des liquides»); CollinetPontarlier 1925 («ça [de l'eau] m'a giclé à la figure»). L'emploi transitif, qui n'appartient pas au fr. de réf., est attesté (en plus de la Suisse romande) en fr. rég. d'Alsace et de Franche-Comté (cf. aussi une att. angevine de 1746-1748 dans RézeauDuPinAng et une att. champenoise de 1822 dans MulsonLangres). BELGIQUE: En fr. de Wallonie et de Bruxelles, cf. spiter v. tr. «éclabousser», v. intr. «jaillir, pétiller» (Belg 1994).
Renvoi(s) aux autres zones francophones
AMÉRIQUE DU NORD: Le fr. québ., tributaire des parlers de l'Ouest et séparé de la métropole à une époque où gicler ne s'était pas encore étendu au fr. gén., connaît comme équivalents traditionnels les mots friser et refriser pour les liquides, et revoler pour les solides (v. DQA 1992).
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