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Québec ouaouaron 01.
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VedetteDéfinition
ouaouaron (n. m.) [API]

La pratique de l'élision devant ce mot n'a jamais été observée au XXe s. (malgré Multi 1997 qui l'autorise).
Grenouille de grande taille (Rana catesbeiana, fam. des ranidés) indigène du centre et de l'est de l'Amérique du Nord, qui émet des cris graves et sonores perceptibles sur de grandes distances.



[État des données: avancé]
Variante(s) morphologique(s)
ouaron (région., voir Géolinguistique)
Variante(s) graphique(s)
wawaron (surtout avant le milieu du XXe s.); wowar(r)on et wonwar(r)on (plus rarement, d'après d'autres prononciations); ouararon (disparu, rare) (pour une étude détaillée des prononciations et des orthographes, v. LanthAmér 77-80)
Citation(s)Référence(s)
(Pour la variante ouararon). Le silence de la nuit n'était interrompu que par le ronflement sonore des dormeurs [...]. De temps en temps on entendait bien le bruit que faisait quelque Caïman en plongeant; par fois ]sic] le croassement de quelque Wararon [sic] solitaire venait ajouter son puissant accompagnement à l'harmonieuse mélodie des ronfleurs.1850, G. Boucher de Boucherville, «Une de perdue, deux de trouvées», dans Album littéraire et musical de La Minerve, p. 205.

[littérature]
Enfin, la nuit même est animée; car, les ouaouarons beuglent dans leurs marais comme des troupeaux de bœufs, jusqu'à ce qu'on entende comme la corde d'un violon se rompant; à l'instant le croassement cesse; mais le maître de l'orchestre, ayant sans doute donné l'ordre, il recommence bientôt après. 1858, Journal de l'instruction publique, Montréal, nov., p. 197.

[presse, journaux, périodiques]
Lorsque, au sortir de son sommeil hibernal et avant de prendre aucune nourriture, le Oua-oua-ron [sic] gonfle ses sacs vocaux et lance dans l'air calme du soir son appel isolé et impérieux; il ne crie pas son nom en Iroquois, ni ne commande à un matelot imaginaire : tiens bien ta rame, tiens bien ta rame. N'en déplaise aux amateurs d'harmonie imitative, il avertit l'intéressée qu'il est prêt à la pariade annuelle. 1950, Cl. Mélançon, Inconnus et méconnus, p. 43.

[études scientifiques]
(Pour la variante wawaron). Des bouffées de campagne ruisselante entrent par la fenêtre ouverte. Le chant des grenouilles se déploie au loin. Entoure la petite ville d'une sorte d'enceinte cristalline où parfois surgit l'éclat sourd des wawarons. 1970, A. Hébert, Kamouraska, p. 152.

[littérature]
(Pour la variante ouaron). Levé à cinq heures du matin, il s'installe seul dans un canot et, sans bruit, avironne doucement vers le centre du lac. Il y a encore de la brume au faîte des arbres. Le silence est brisé de temps à autre par les cris des ouarons. 1973, Ch. Bay, J'ai osé..., p. 207.

[littérature]
Le règlement du MLCP [Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche] sur la chasse des grenouilles vertes, des grenouilles léopards et des ouaouarons a été adopté pour exercer un contrôle sur l'abattage des batraciens, dont les cuisses sont recherchées par des gourmets fréquentant des restaurants huppés. 1993, Le Soleil, 21 juillet, p. S7.

[presse, journaux, périodiques]
D'un étang, tout près, nous parvenaient les croassements préhistoriques des ouaouarons et le chant flûté des grillons. L'air sentait bon le foin coupé et le sable mouillé. Je pressentis soudain que, pour ma première secousse d'amour, j'aurais un soir comme celui-là, âpre et tendre, ensorcelé. 1996, R. Lalonde, Où vont les sizerins flammés en été?, p.140.

[littérature]
Commentaire linguistique
1. Mot adopté par les spécialistes de la faune nord-américaine comme nom d'espèce. 2. Relevé dans quelques toponymes du Québec (v. RTQ 1987).
Commentaire géolinguistique
La variante ouaron est relevée surtout à l'ouest de Québec, de même qu'au Saguenay-Lac-Saint-Jean et en Abitibi (v. PPQ 1557).
Répartition
  • Ouest du Québec
  • Zone Charlevoix–Saguenay–Lac-Saint-Jean
Origine
Emprunt d'un lexème, d'un syntagme, d'une expression (avec son sens) à l'amérindien.
Historique
Depuis 1745, dans la variante ouararon (Potier), mais depuis 1754 environ sous sa forme actuelle dans le lexique d'un missionnaire qui donne 8a8aron comme équivalent français d'un mot algonquien de la nation des Loups (voir G.M. Day (ed.), The Mots loups of Father Mathevet, 1975, p. 201). Mot qui vient sans doute du huron et qui doit être d'origine onomatopéique (d'après le cri caractéristique de cette grenouille). Ouaouaron et ouararon paraissent découler en effet du mot huron oüaraon, relevé sous la plume du père Sagard en 1632, dans son Dictionaire de la langue huronne (p. [17]), où l'auteur indique que les Hurons emploient ce mot pour désigner des «crapaux vers» (Sagard parle bien de grenouilles, comme on le voit par la citation que nous donnons ci-après). On trouve chez Sagard une autre variante, oüraon, dans le texte même de son récit intitulé Le grand voyage du pays des Hurons (p. 325), que complète justement le dictionnaire : «Outre les Grenoüilles que nous avons par deçà, [...] ils [les Hurons] en ont encore d'une autre espece, qu'ils appellent oüraon, quelques-uns [des Français] les appellent Crapaux [...]. Ces Oüraons, ou grosses Grenoüilles, sont verdes, & deux ou trois fois grosses comme les communes; mais elles ont une voix si grosse & si puissante, qu'on les entend de plus d'un quart de lieuë loin le soir, en temps serain, sur le bord des lacs & rivieres, & sembleroit (à qui n'en auroit encore point veu) que ce fust d'animaux vingt fois plus gros [...].» Cette variante doit être tenue pour une coquille de l'éditeur puisque, dans son dictionnaire, Sagard n'utilise la notation (avec tréma sur le u) que devant voyelle et ou (sans tréma) que devant consonne. La variante régionale ouaron, depuis 1960 (Cap-de-la-Madeleine (Champlain), AF, É. Descoteaux 43), est probablement une forme abrégée de ouaouaron. Le mot ouaouaron figure pour la première fois dans des dictionnaires de France à la fin du XIXe s. (v. GuérinS, repris dans EncXXe), puis il n'est répertorié à nouveau que dans ceux parus à partir des années 1970. Dans certains d'entre eux, on indique à tort qu'il remonte à 1632, or cette date correspond plutôt à celle du mot huron relevé par Sagard (v. ci-dessus); on le considère en outre comme issu de l'iroquois et on lui attribue la signification de «grenouille verte», ce que ne révèle pas la documentation disponible (v. PRobert 1977-2002, Larousse 1982, Robert 1985-2001; v. aussi Multi 1997, qui reprend ces interprétations). Du français canadien, ouaouaron et ouararon sont passés dans les français et les créoles de la vallée du Mississipi et de la Louisiane (v. McDermMiss, qui signale une variante ouararong relevée en 1840; v. aussi ReadLouis 98, PhillLouis 96, NeumLouis 249 et ValdCreole s.v. wawaron).
Avis et recommendation(s)
1. A été normalisé par le BNQ (v. BNQPêches-2 73). 2. A été reçu comme canadianisme de bon aloi (v. OLFCan).
Bilan métalinguistique
Potier-H 81 (pour la variante ouararon, notée 8araron).
Français de référence
Remarque(s)
En France, où ce batracien a été introduit, on utilise plutôt grenouille-taureau (d'après l'anglais bullfrog).
Réalité propre
Emploi qui réfère à une réalité propre au pays ou à la région de la variété de français, ou qui en provient.
Francophonie
Commentaire(s) intrazone
Du français canadien, ouaouaron et ouararon sont passés dans les français et les créoles de la vallée du Mississipi et de la Louisiane (v. McDermMiss, qui signale une variante ouararong relevée en 1840; v. aussi ReadLouis 98, PhillLouis 96, NeumLouis 249 et ValdCreole s.v. wawaron).
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