Vedette

crocher (v. trans.)

Définition

Suspendre au moyen d'un crochet; fixer solidement.
[État des données: avancé]
Citation(s) Référence(s)
«[...] on fêtait que l'après-midi / c'était à deux heures / alors nous les gosses on se mettait dans la cour de l'école / y avait un mât de cocagne / en haut on crochait une bouteille de vin / on crochait un rôti / une poule / on a plus le droit maintenant / c'était des gosses et des grandes personnes [...].»
1998, Témoignage, dans M. Schortz, Le Parler de Senneville-sur-Fécamp, p. 164.
[études scientifiques]

Commentaire géolinguistique

Seine-Maritime, Eure. Haute-Savoie (Chablais, Faucigny), Savoie (Tarentaise).

Répartition

  • Normandie
  • Lyonnais/Provence

Origine

Maintien d'un lexème, d'un syntagme, d'une expression (avec son sens) français ancien

Historique

Dérivé du fr. croc n. m. "crochet" attesté depuis le 12e s., mais qui n'est enregistré dans les dictionnaires français que depuis Boiste 1812, si l'on excepte la variante croquer v. tr. "(t. de marine) accrocher" (Corn 1694-DG), et seulement dans des emplois restreints, techniques, régionaux, argotiques ou vieillis. Au sens de "accrocher, suspendre, éventuellement au moyen d'un crochet, fixer solidement", crocher est attesté en français aux 15e et 16e siècles (FEW; Huguet; Philippe d'Alcrippe) et il s'est conservé à l'époque moderne dans les parlers dialectaux de l'Ouest, particulièrement en Normandie, et de l'Est du galloroman, de même que dans le français de Normandie, où la forme non dialectale crocher a pu s'implanter, de là, dans les parlers – l'attestation du verbe chez Flaubert n'étant sans doute pas à caractériser comme vieillie (TLF A.1.a) –, à Saint-Pierre et Miquelon et dans le français de la Suisse Romande (v. DSR), où il est attesté depuis le 17e s. (v. GPSR 4,574), et de Savoie. Le verbe est attesté (v. Gdf 2, 376a) aux sens de "saisir avec un croc, avec un crochet" chez Marie de France, au 12e s., chez le Breton Alain Bouchard, au 16e siècle, et, dans la lexicographie française, comme terme de marine, depuis Besch 1845 (l'attestation de 1550 donnée par le FEW 16, 401b est une erreur), et, par extension, de "saisir avec la main" sous la plume de Bas et Hauts Bretons: «prendre o la main, crochier» (1499, Lagadeuc 50a, s.v. creguiff = Gdf 2, 376b, s.v. crochier; manque FEW 16, 401b, *krôk; v. Etudes Celtiques 29 (1992), 124); «[deux lutteurs] de premiere entrée s'entrecrocherent non guieres gratieusement. [...] Pasquier qui entendoit la ruse, laissant l'espaulle saisit seulement le bras, tournant veoir s'il le pourra aucunement esbransler, il le croche [...]» (1549, Du Fail, Les Baliverneries d'Eutrapel, éd. Milin, 40), mais aussi ailleurs (1458, Mist, FEW 16, 401b; env. 1485, TissierRecFarces 1, 142; lyonnais selon Chambon, Z 112 (1996), 387-400). Il s'est conservé en ce sens dans les parlers dialectaux de Haute Bretagne et du Bas Maine (FEW), dans le français de Bretagne (LeGonidecBret 1819) et de Saint-Pierre-et-Miquelon (BrassChauv 1990) et dans la langue de la marine (depuis Besch 1845), sporadiquement chez des auteurs qui n'ont pas tous été influencés par celle-ci (Pourrat, Peyré, tous deux dans le TLF; Loti, Rob 1985; 1975, Jamet, ColinArgot 1990). Des sens plus spécialisés tels que crocher "donner le bras à (qqn)" sont attestés en français (Lar 1869-1960, avec un exemple d'Audiberti) et bien implantés dans les parlers et le français régional de Normandie (FEW), de même que se crocher "en venir aux mains" (depuis Sue, Lar 1869), tandis que le frm. crocher "s'emparer de (qqn)" (1936, TLF) est attesté en français de Bretagne dès 1910 (EsnaultMétaph 1925, 251) – mais déjà en 1719, chez un auteur né à Rouen: «elles venoient à la rencontre de leurs Galans: chacune crochoit le sien & le prenoit sous le bras» (N. de Gueudeville, trad. Plaute, Les Comédies, Leyde, Vander Aa, t. 4, 3e partie, 42, comm. de P. Enckell). Les jalons dont on dispose paraissent indiquer un ancrage particulièrement net dans les provinces bordières de la Manche donnant lieu à des échanges avec certains usages du français (français de la marine, français argotique et familier). DRF; FEW 16, 401b; TLF.

Étymon du FEW

*krôk

Français de référence

Équivalent(s)
accrocher

Francophonie

Commentaire(s) intrazone
Également attesté avec divers sens en Suisse romande.
Renvoi(s) aux autres zones francophones
Également attesté à Saint-Pierre-et-Miquelon.
FR: 11912