Vedette

traversier (n. m.)
[tʀavɛʀsje]

Définition

Navire spécialement aménagé pour le transport régulier des personnes, des véhicules ou des marchandises d'une rive à l'autre d'un fleuve, d'un lac ou d'un bras de mer, entre deux points relativement peu éloignés l'un de l'autre.
Prendre, attendre le traversier. Service de(s) traversiers. Société des traversiers. Le traversier entre Québec et Lévis. QU_e254
[État des données: avancé]
Citation(s) Référence(s)
Hier après-midi, comme le traversier «South» accostait du côté de la ville, un passager, nommé Carbonneau, a voulu sauter sur le quai avant que le ponton f[û]t placé; mais la distance étant trop forte, il est tombé à l'eau. Il a reparut [sic] un instant après aux alentours du vapeur Québec. M. A. Demers, percepteur du traversier, a saisi immédiatement la bouée de sauvetage, que la compagnie garde sur le pont, et, sautant par-dessus le bord, il est parvenu à sauver le malheureux qui était presque épuisé. Le percepteur mérite plus que des remerciements.
1877, Le Nouvelliste, Québec, 5 sept., p. [3].
[presse, journaux, périodiques]
Comme les années passées, il y aura encore des excursions au clair de lune sur le St-Laurent à bord du «Progrès». L'Union Musicale qui organisait ces excursions a obtenu du Conseil l'usage gratuit du traversier Trois-Rivières - Ste-Angèle. Les nombreuses familles qui demeurent dans les rues sans arbres et qui souffrent de la chaleur torride de l'été pourront profiter de ces excursions et se rafraîchir à la brise marine.
1921, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 4 mai, p. 8.
[presse, journaux, périodiques]
Les traversiers d'été, qui se croisaient entre Québec et Lévis et traînaient lentement dans l'eau, la nuit, leur écharpe de lumière, allaient bientôt céder la place aux tristes bateaux d'hiver, rigides dans leur carapace blanche et gelée [...].
1970, J. Poulin, Le cœur de la baleine bleue, p. 15.
[littérature]
Les traversiers Alphonse Desjardins et Lomer Gouin sont demeurés prisonniers des glaces pendant trois heures hier après-midi, après avoir dérivé jusqu'en face de Lauzon. Le remorqueur Leonard-W. tente ici sans trop de succès de dégager l'un des bateaux-passeurs, le Alphonse Desjardins : des ennuis mécaniques le placèrent temporairement dans la même situation qu'eux.
1976, Le Soleil, 10 février, p. A1 [Légende accompagnant une photo].
[presse, journaux, périodiques]
Rien n'est facile pour les traversiers depuis le début du mois. Encore hier, le service entre Québec et Lévis a dû être interrompu en raison d'une accumulation inhabituelle de glaces près du quai de Lévis qui rendait l'accostage impossible. À deux reprises durant la journée, les navires n'ont pu approcher le quai même si le fleuve était en eau libre à plusieurs endroits. [...] Il y a une dizaine de jours, les deux traversiers ont été poussés jusqu'à la hauteur du chantier maritime MIL Davie de Lévis.
1993, Le Journal de Québec, 16 mars, p. 7.
[presse, journaux, périodiques]

Commentaires

Traversier s'est imposé au tournant du XXe s. malgré la concurrence que lui ont livrée divers autres mots et l'opposition de certains observateurs du langage (v. Étymologie/Historique). C'est le mot qui domine nettement de nos jours, bien qu'on relève à l'occasion bateau-passeur (surtout dans la langue des médias) et, plus souvent, traverse (bien implanté dans l'usage oral).

Synonyme(s)

bateau-passeur (surtout dans la langue des médias); traverse (bien implanté dans l'usage oral)

Origine

Innovation sémantique français du Québec

Historique

Depuis 1877. Du sens 02., par ellipse du mot bateau. Traversier, en tant que nom, a bien eu cours en français, aux XVIIe et XVIIIe s., mais au sens de «petit bastiment de mer qui sert pour de petites traversées, ou pour la pesche» (v. Fur 1690; v. aussi Littré « nom d'un petit navire en usage au XVIIe siècle», et FEW transversare 13-2, 219b; relevé encore au XIXe s. par TLF au sens de «petit navire de cabotage et de pêche des environs de la Rochelle »). Cet emploi est attesté à quelques reprises dans des textes relatifs à la Louisiane au début du XVIIIe s. (v. par ex. RJ 65, 1701, p. 164 : Il n'y a que les Chalouppes, et le traversier qui ne porte pas 100 tonneaux qui puissent entrer dans cette Baye, les vaisseaux les peuvent approcher que de 5 lieuës et demeurent a la rade devant une Isle, ou il y a bon moüillage [...]); toutefois, il ne semble pas y avoir de filiation directe entre cet usage et l'emploi actuel de traversier en français du Québec; le mot découle plutôt de l'appellation bateau traversier qui est elle-même une innovation par rapport à l'usage de France (voir sens 02., Étymologie/Historique). Traversier est sans conteste le terme qui domine de nos jours pour désigner le navire qui fait la navette entre les deux rives d'un fleuve, d'un lac, etc.; l'examen de la documentation montre que cet usage s'est fixé après de multiples hésitations. Du début du XIXe s. à la fin des années 1860, période au cours de laquelle le service de transport entre les deux rives du fleuve Saint-Laurent est assuré par des bateaux de plus en plus grands et performants, les appellations sont variables ; on emploie tantôt bac (bien attesté dans l'usage depuis le début de la colonie, mais qui paraît avoir été défavorisé par le fait qu'il demeurait associé à des bateaux anciens, ou de petite dimension), tantôt traverse (qui fera bientôt l'objet de critiques et sera peu à peu confiné à l'usage oral), tantôt un nom composé avec traversier (voir le sens 2). L'appellation bateau traversier ne se dégage nettement que vers la fin des années 1860 et domine jusque vers 1900; elle donne naissance au substantif traversier qui ne s'imposera qu'au début du XXe s., après deux décennies où la concurrence lexicale paraît avoir été vive entre les appellations déjà mentionnées et d'autres qui font leur apparition ou refont surface : bateau-passeur (depuis 1880), bateau de passage (depuis 1764, mais rare), et l'anglais ferry (depuis 1882, qui a connu une certaine vogue jusqu'au début du XXe s.). La victoire de traversier est redevable à l'importance qu'avait pris bateau traversier, qu'on pouvait rattacher à un usage bien établi en français (barque traversière, v. sens 2, Étymologie/Historique), et a été acquise malgré une certaine opposition de la part des observateurs du langage. En effet, si bateau traversier ne suscite pas de réaction défavorable, en revanche le substantif traversier est reçu plutôt froidement. Gingras va même jusqu'à le condamner en 1880 : «On fait également erreur en disant traversier au lieu de BAC ou BATEAU PASSEUR.» C'est l'appellation bateau de passage qu'on encourage, et ce à partir du moment où Dunn (1880) formule le jugement suivant (s.v. traversier) qui rend notamment compte de la rupture de lien avec l'ancien emploi du mot traversier en français : «On dit maintenant Bateau de passage. Le mot Traversier est du 17e siècle.» Bateau de passage sera par la suite utilisé par Rinfret (s.v. traversier : «un bateau traversier ou de passage») et sera recommandé par Fréchette qui accepte également bateau traversier qui «est français, bien qu'on dise plus généralement en France un bateau de passage» (v. La Patrie, Montréal, 29 juillet 1893, p. 1). L'histoire du mot traversier illustre ainsi les tensions qui ont marqué l'effort de standardisation du français québécois au XIXe s., les utilisateurs, cherchant à éviter les anglicismes, étant tiraillés entre l'attrait des mots locaux et le prestige des appellations consacrées dans les dictionnaires de France.

Étymon du FEW

transversare

Bilan métalinguistique

Traversier s'est imposé au tournant du XXe s. malgré la concurrence que lui ont livrée divers autres mots et l'opposition de certains observateurs du langage (v. Étymologie/Historique).

Avis et recommendation(s)

Le terme traversier a été normalisé par l'OLF en 1980 (v. OLFAvis-4, no 1581).

Français de référence

Remarque(s)
Ferry-boat, d'usage en France, est pour ainsi dire inutilisé au Québec.
QU: 1560