Vedette

bonne-main (n. f.)
[bɔnmɛ̃]
Au pluriel: bonnes-mains.

Définition

(Emploi critiqué). Pourboire, gratification.
Donner, recevoir une bonne-main. Deux francs de bonne-main.
[État des données: avancé]

Variante(s) graphique(s)

bonne main
Citation(s) Référence(s)
Papa donne 50 centimes de bonne-main.
1962, M. Ph. Meijer, Enquête sur le français d'enfants lausannois, thèse, p. 172.
[enquêtes]
[Pour la variante bonne main] Il y a de gros propriétaires qui sont pleins d'argent, mais dans vingt ans, ils n'ont jamais donné 50 centimes de bonne main à leurs bergers.
1975, P. Hugger, Le Jura vaudois, p. 224.
[littérature]
La meilleure clientèle que j'ai, c'est les dames. Il y en a quelques-unes qui me donnent une bonne-main quand elles me payent; elles me disent : «allez boire un verre».
1976, RSR, 11 novembre.
[radio-télévision]
[Pour la variante bonne main] L'introduction du service compris n'a suscité, en revanche, aucune question ni aucune réflexion de la part des participants. Rappelons toutefois que, dès le 1er avril prochain, les tarifs des salons de coiffure seront adaptés de 15% [...]. Précisons bien qu'il ne s'agit nullement d'une augmentation des prix en soi mais uniquement de l'adjonction de la bonne main dans le prix du service tel qu'il est fixé actuellement.
1980, La Liberté, 11 mars.
[presse, journaux, périodiques]
Depuis 1824, le valet fonctionne comme factotum et serviteur dans l'auberge. Il est élu à vie. Il touche différentes bonnes-mains [en ital. dans l'original] pour ses divers services [...].
1981, M.-Th. Torche-Julmy, H. Foerster, L'Abbaye des Maçons de Fribourg, p. 68.
[études scientifiques]
Qu'est-ce que je vais faire si c'est plus cher... moi, qui n'ai qu'un franc... et puis, je n'ai même pas pensé à la bonne-main!
1997, A. Maillard, C'était au milieu du siècle, p. 180.
[littérature]

Renvoi(s) à d'autres langues

Italein: buonamano, de même sens

Synonyme(s)

Ancienn. tringuelte.

Répartition

  • s01 - Suisse romande
  • s10 - + Savoie

Origine

Emprunt d'un lexème, d'un syntagme, d'une expression (avec son sens) italien

Historique

Plus ancienne attestation : 1829-32, GuilleNeuch (qui le présente comme un mot du fr. de France pour corriger le germanisme Trinquelt : «Pourboire; quelquefois on dit aussi en France bonne-main»). Selon TLF (très peu vraisemblablement), qui donne ce mot comme «rare», «de l'expr. être en bonnes mains (Fur.) quand on ne veut pas reprendre une chose qui est tombée entre les mains d'une personne à qui on veut en faire un présent»; mais le mot semble plutôt être un emprunt à l'italoroman, v. infra. Bien attesté dans les patois (cf. b‚naman dans GPSR 2, 492a), il est très fréquent en Suisse romande; mais on ne le rencontre guère en France. TLF (cite un exemple de 1942 dû à A. Arnoux, auteur né à Digne (Alpes-de-Haute-Provence); RézeauBibl fournit un exemple de 1978 tiré d'un auteur savoyard; Gagny et Guichonnet l'attestent pour la Haute-Savoie et la Savoie, RobezMorez pour le Jura français. On trouve en outre dans le FEW sav. bonaman, Marseille bonne main, et un renvoi à it. buonamano, de même sens (v. Battaglia, qui cite Goldoni, D'Azeglio et Bacchelli). Le type est très bien attesté dans les dialectes du Tessin, avec les sens de «souhaits et étrennes de fin d'année; fin d'année; don, pourboire»; son aire de distribution initiale se situerait dans la partie centre-orientale de l'Italie septentrionale et de l'arc alpin (v. VSI 2, 671b). Pour une discussion étymologique approfondie, v. Rosanna Zeli dans VSI 2, 671-3, qui propose comme étymon un composé de mane (plutôt que de manu «main»). — HumbGen 1852; CalletVaud 1861; GrangFrib 1864; BonNeuch 1867; LittréSuppl 1877; Plud'hun 1890, p. 12a (qui suggérait déjà qu'il puisse s'agir d'un italianisme); Lar 1899; OdinBlonay 1910, p. 74a (dans la métalangue définitionnelle); Pier; Lar 1928; GPSR 2, 492a s.v. bonne2 3; FEW 6, I, 294a, manus I 1 et note 55; FichFrBE nº240, février 1965; IttCons 1970 (> CuenVaud 1991); Battaglia; VSI 2, 666-673 s.v. bonamán; «rare» TLF 4, 679b s.v. bonne-main; Alpha 1982; «vx ou régional (Suisse)» GR dp. 1985; RézeauBibl 1986 s.v. étrenne; GuichSavoy 1986 s.v. main; GagnySavoie 1993 (s.v. main); «usuel en français du Jura» RobezMorez 1995; DSR 1999; Garino 2003 s.v. bon.

Étymon du FEW

manus

Bilan métalinguistique

Critiqué par la plupart des cacologies, il est considéré par Plud'hun comme un italianisme (voir Historique). — «bonne-main est dialectal» FichFrBE nº240, février 1965. — HumbGen 1852; CallerVaud 1861 s. v. pourboire; GrangFrib 1864; BonNeuch 1867; PludFranç 1890, p. 16; DupertuisVaud 1892, p. 42; PludFranç 1918, p. 30.

Français de référence

Équivalent(s)
pourboire, n. m.
Remarque(s)
Bonne-main est donné comme «rare» dans TLF et «vx ou régional (Suisse)» dans GR 1985. — L'équivalent du français de référence est bien connu et couramment employé.

Francophonie

Commentaire(s) intrazone
FRANCE: Attesté en Savoie et à Marseille (voir Historique).
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