Vedette

meilleur temps (avoir ~ de) (loc. verb.)
[avwaʀmɛjpʀtɑ̃də]

Définition

(Emploi critiqué). Avoir intérêt à, avoir avantage à, être plus avisé de.
C'est un peu loin, il a meilleur temps de prendre le tram. T'as meilleur temps de te taire, sinon gare à toi! J'aurai meilleur temps de le faire moi-même. T'as meilleur temps de te reposer maintenant, il est préférable que tu te reposes maintenant, tu ferais mieux de te reposer maintenant.
[État des données: avancé]

Variante(s) phonétique(s)

[avwaʀmɛjpʀtɑ̃a] (var. avoir meilleur temps à)
[avwaʀmɛjpʀdə] (var. avoir meilleur de)

Variante(s) morphologique(s)

Rare Avoir meilleur temps à (voir citations).

Variante(s) polymorphique(s)

avoir meilleur de.
Citation(s) Référence(s)
Moi, disait-il, à ce compte-là, j'ai meilleur temps d'aller faire pointer ma carte. Au moins, j'encaisse la tune qu'on veut bien me donner quand je ne fous rien.
1971, J.-P. Monnier, L'Arbre un jour, p. 77.
[littérature]
Hum! vous savez, [il faut] faire attention avec elle, vous avez meilleur temps de pas vous la mettre à dos, avec une langue comme elle a [...].
1978, G. Clavien, Le bel aujourd'hui, p. 10.
[littérature]
Nous aurions meilleur temps de nous méfier et de doter notre armée du matériel nécessaire.
1993, Contact week-end, Fribourg, 8 avril.
[presse, journaux, périodiques]
Je me demande si nous n'aurions pas meilleur temps d'aller faire changer notre petit boîtier de chronométrage [...].
1994, La Liberté, 2-3 juillet , p. 42.
[presse, journaux, périodiques]
Si je dois passer un quart d'heure à lui expliquer ce que je fais en cinq minutes, j'ai meilleur temps de le faire moi-même.
1994, Domaine Public, 6 octobre, p. 1.
[presse, journaux, périodiques]
On ne construit plus forcément pour l'éternité. Mais je pense cependant qu'on a meilleur temps de viser la qualité à long terme. Ce qu'a en général toujours fait la Suisse. C'est payant.
1995, La Presse, 27 septembre, p. 11.
[presse, journaux, périodiques]
Et, coincé entre deux adversaires, un tiers mal placé a meilleur temps de choisir le camp où il court le moins de risques [...].
1997, Le Nouveau Quotidien, 22 décembre, p. 2.
[presse, journaux, périodiques]
[Pour la variante avoir meilleur de] A ce tarif-là, on aurait meilleur de se faire voleur. Un moment de honte est vite passé.
1960, A.-L. Chappuis, Quand la grêle et le vent, p. 140.
[littérature]
[Pour la variante avoir meilleur de] Le gosse ne répond pas. C'est inutile d'insister. Il a beau jeu de se cacher. On a meilleur de rentrer pour voir si la femme a eu plus de chance que nous.
1975, A.-L. Chappuis, L'Enfant d'une autre, p. 123.
[littérature]
[Pour la variante avoir meilleur temps à] Tu as meilleur temps à mettre tout direct dans ta bouche.
1976, NE Le Landeron.
[source orale]
Qui a meilleur temps de combler le déficit commercial - et les aspirations des syndicats - d'ici à la présidentielle 2004.
2003, Le Temps, 29 sept., p. 20
[presse, journaux, périodiques]
– Et le repas de fin d'année, tu y as droit ? / – Non seulement j'y ai droit, comme tu dis... mais j'suis invité... gratuitement! / – Tu penses! Ils ont meilleur temps de te nourrir que de te payer à boire... ça leur revient moins cher!
2002, P. Hoffer, On m'a dit... sur la Côte, p.176.
[littérature]

Commentaire géolinguistique

Bien attesté en Suisse romande jusqu'au XXe (v. Pier). Encore courant de nos jours dans le nord vaudois.

Répartition

  • s01 - Suisse romande
  • s02 - Vaud
  • s09 - + Franche-Comté
  • s10 - + Savoie

Historique

Attesté pour la première fois dans un texte écrit en 1727-28 (mais publié intégralement seulement en 1835-38; v. Pier); cité dans la plupart des cacologies du XIXe s. La construction elliptique est attestée pour la première fois en 1923 (fasc. VIII de Pier). Formation comparative faite sur la loc. avoir bon temps «être dans une situation agréable», bien attestée en français central jusqu'au XVIIIe s. (v. FEW) et en Suisse romande jusqu'au XXe (v. Pier; encore courant de nos jours dans le nord vaudois). En France, avoir meilleur temps est courant en Franche-Comté et en Savoie; on en relève aussi des attestations sporadiques à Lyon, en Isère et dans les Hautes-Alpes (voir Francophonie). — GaudyGen 1820, 1827; HumbGen 1852; CalletVaud 1861; GrangFrib 1864; BonNeuch 1867; PuitspeluLyon 1894; «avoir bon temps, meilleur temps [sans déf.]» ConstDésSav 1902; OdinBlonay 1910, p. 349a; Pier s.v. meilleur et temps 2º; BoillotGrCombe 1929, p. 218 (avec et sans ellipse de temps); FEW 6, I, 666b, melior I 1 a b a' b' (avoir meilleur temps); FEW 13, I, 186a, t¯mpus I 1 a a (avoir bon temps); «helvétisme à condamner» DupréEnc 1972 s.v. temps 8; ColloqueDijon 1976, p. 58 (C. Dondaine sur l'usage franc-comtois); DondaineAuth 1981, p. 456; «très employé» GuichSavoy 1986; «avoir meilleur de» RouffiangeAymé; DucMure 1990; DondaineMadProust 1991, p. 71; DuchetSFrComté 1993; «très courant» GagnySavoie 1993; «région. (Suisse romande, Franche-Comté)» TLF s.v. temps I A 2 d; Lengert 1994; SkupienPurisme 1994; SalmonLyon 1995; «avoir meilleur temps à» GermiChampsaur 1996; DSR 1999; DRF 2001; Garino 2003; «Région. (Franche-Comté, Savoie; Suisse)» NPR 2007.

Étymon du FEW

melior tempus

Bilan métalinguistique

Emploi critiqué. — Emploi critiqué par les cacologies. S'il considère cette locution comme un «provincialisme propre à la Suisse romande», Adout ne prend pas position. Il l'aime bien mais estime qu'«il ne faut s'en servir qu'en sachant et voulant ce qu'on fait». — Adout 1986. — GuilleNeuch 1829-32, p. 304; GrangFrib 1864; PludFranç 1890, p. 8; PludFranç 1918, p. 22; DudanFranç2, p. 21; SkupienPurisme 1994, p. 115.

Français de référence

Équivalent(s)
avoir intérêt à; avoir avantage à; être plus avisé de

Francophonie

Commentaire(s) intrazone
FRANCE: Courant en Franche-Comté et en Savoie; on en relève aussi des attestations sporadiques à Lyon, en Isère et dans les Hautes-Alpes. Un témoin originaire de la Sarthe (J.-P. Chauveau) nous a aussi affirmé connaître cet emploi. La base Frantext fournit en outre deux attestations sous la plume d'auteurs contemporains nés dans la région parisienne : «On a meilleur temps, aujourd'hui, de refaire un nouveau négatif.» J.-R. Bloch, Destin du siècle, 1931, p. 143 [cité dans TLF]; «J'aurais eu meilleur temps de l'emmener à Lourdes.» B. Blier, Les Valseuses, 1972, p. 109. La construction elliptique avoir meilleur de est aussi attestée dans le Doubs et le Jura (français). Le DRF mentionne en outre des attestation d' avoir meilleur temps de dans le Maine et en Saône-et-Loire.
SU: 18866