Vedette

pruneau (n. m.)
[pʀyno]

Définition

Variété de prune de forme oblongue et de couleur violette.
Gâteau aux pruneaux. Pruneaux Ersingen, Fellenberg. Crème, marmelade, bouillie, compote de pruneaux. Petits pruneaux de Bâle, variété de prune plus petite.
[État des données: avancé]
Citation(s) Référence(s)
— Si vous pouviez choisir une nourriture ? [/] — Saucisse et gâteau aux pruneaux!
1969, J. Chessex, Portrait des Vaudois, p. 23.
[littérature]
En gastronomie, les pruneaux se sont fait une place au soleil d'août et de septembre. C'est l'époque où ils mûrissent, où l'on en fait des tartes succulentes.
1976, Le Nouvel Illustré, 15 septembre, p. 96.
[presse, journaux, périodiques]
Dans un joyeux babil, quarante-cinq gosses, alignés autour de longues tables, ont pelé les pommes, ouvert les pruneaux, roulé la pâte dans la farine, foncé les feuilles. Avec plus ou moins de générosité, ils ont garni les gâteaux : trente et un.
1976, 24 heures, 25-26 septembre, p. 17.
[presse, journaux, périodiques]
Ces pruneaux présentent presque tous des anomalies : difficiles à ouvrir, taches brunâtres dans la chair, noyau adhérent, excroissances translucides.
1976, Bulletin officiel de la Ville de Neuchâtel, 14 octobre, p. 7.
[presse, journaux, périodiques]
Beurrez et farinez une plaque de 24 cm de diamètre, foncez-la de pâte, piquez le fond avec une fourchette. Poudrez tout le fond avec les deux grosses cuillerées de poudre d'amande [...] et disposez ensuite par-dessus les moitiés de pruneaux, peau contre le fond.
1977, Femina, 1er septembre, p. 95.
[presse, journaux, périodiques]
[Dans une comparaison] Ses poches, sous les yeux, pendaient, gonflées et bleues, comme des pruneaux trop mûrs.
1966, M. Métral, L'Avalanche, p. 11.
[littérature]

Répartition

  • s01 - Suisse romande
  • s09 - + Franche-Comté

Historique

Première attestation: pruneau d'Allemagne 1768-9, Valmont de Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle, Yverdon (cité par Bossard et Redard). Lengert 1994 veut expliquer le sémantisme du mot de français régional par le substrat dialectal («Die von der Standardsprache abweichende Semantik beruht auf der des entsprechenden Dialektworts»), mais cela n'explique pas d'où vient le sémantisme du mot dialectal (dont on ne peut d'ailleurs prouver qu'il soit plus ancien que celui du mot de fr. rég.). Du reste, l'explication par le substrat dialectal concorde mal avec l'existence d'emplois semblables attestés à Toulouse, en Belgique et au Canada. La plus ancienne attestation en Suisse romande, pruneau d'Allemagne, semble bien refléter en fait une création du français local pour désigner un fruit originaire d'Allemagne (ou même de Suisse alémanique) et apparenté à la prune, pour lequel le français ne disposait alors d'aucune dénomination (le mot retenu par le français de France pour désigner le même fruit, quetsche, est un alsacianisme qui a fait son entrée très tardivement dans la lexicographie – Lar 1877). Le recours au mot pruneau, attesté dp. 1564 en français pour désigner la prune séchée, pourrait tout simplement s'expliquer par le fait que la quetsche est particulièrement appropriée à la conservation par dessication («La prune connue sous le nom de pruneau d'Allemagne, parce qu'on en fait principalement usage en pruneaux ou séchés au four» Valmont de Bomare). Il s'agirait alors d'une simple métonymie, indépendante du substrat dialectal (ce fruit importé devait être tout aussi nouveau pour les locuteurs patoisants que pour les francophones). La même métonymie étant susceptible de se produire en n'importe quel point, on ne s'étonnera donc pas de retrouver le mot pruneau pour désigner la prunelle dans le Sud-Ouest, la quetsche en Wallonie, et une variété de prune au Québec (où le mot quetsche, pour des raisons historiques évidentes, ne fait pas partie du stock lexical hérité). En contiguïté avec l'aire romande, on retrouve aussi des attestations dans le Doubs (Boillot, Dromard), et un hapax patois en Savoie (Fenouillet). — GuilleNeuch 1829-32; PeterCacol 1842; HumbGen 1852; CalletVaud 1861; GrangFrib 1864; BonNeuch 1867; «prunau ‘pruneau, cœtche [sic]' FenouilletSav 1902; WisslerVolk 1909; OdinBlonay 1910, p. 433a; Pier; «prun? ‘quetsche'» BoillotGrCombe 1929, p. 252; BiseHBroye 1939, p. 301 s.v. pruneautier; «pruneau ‘fruit du prunellier', très courant» SéguyToulouse 1950; M. Bossard, Nouveau Conteur Vaudois t. 80, fasc. 7, mars 1953, p. 147-148; Redard 1954, p. 128; FEW 9, 494a, pr8num I 1 a b; «prunô ‘prune rouge'» ZumthorGingolph 1962, p. 262; SchüleNendaz 1963; IttCons 1970; Adout 1971, p. 51; Voillat 1971, p. 228; SchüleListeLar 1978; «Sud-Ouest pruneau ‘fruit du prunellier'» RLiR 42 (1978), p. 191; «en Suisse» Lar 1979; «en Suisse» PLi dp. 1980; «en Belgique et en Suisse, un fruit frais, une sorte de prune» Hanse 1983, 1987; «région. (Doubs, Savoie [sic], Suisse)» GR 1985; «pruneau ‘variété de prune fraîche, quetsche'» MassionBelg 1987; «région. (Suisse romande, Franche-Comté)» TLF; «pruneau ‘quetsche'» DromardFrComté 1991; «pruneau ‘prune séchée'; fam. ‘petite prune'» DQA 1992; NPR 1993 «Jura, Suisse» pour le sens 01 et «Suisse» sens 03; Lengert 1994; «wall. centr. ‘sorte de prune'» Belg 1994; DSR 1999; DRF 2001; Garino 2003; NPR 2007 «(Franche-Comté; Suisse)» pour le sens 02.

Étymon du FEW

prunum

Bilan métalinguistique

Emploi critiqué par les cacologies. — GuilleNeuch 1829-32, p. 170; HumbGen 1852; PeterCacol 1842; CalletVaud 1861; GrangFrib 1864; BonNeuch 1867; PludFranç 1890; DupertuisVaud 1892, p. 58; PludFranç 1918, p. 38.

Français de référence

Équivalent(s)
quetsche, n. f.
Remarque(s)
Le fruit que les Suisses romands appellent pruneau se nomme quetsche en France (voir Historique); ce que les Français entendent par pruneau se rend en Suisse romande par pruneau sec.

Francophonie

Commentaire(s) intrazone
FRANCE: En contiguïté avec l'aire romande, on retrouve aussi des attestations dans le Doubs (Boillot, Dromard). Le DRF situe l'aire d'emploi de pruneau dans toute la Franche-Comté. Il y signifie «grosse prune oblongue, à chair ferme, de couleur violet foncé à maturité» mais également «eau-de-vie obtenue par distillation de ce fruit; verre de cette eau-de-vie». Dans le Territoire-de-Belefort, pruneau est concurencé par prune. Le mot pruneau désigne la prunelle dans le Sud-Ouest. BELGIQUE: en Wallonie, ce mot désigne la quetsche.
Renvoi(s) aux autres zones francophones
AMERIQUE DU NORD: ce mot désigne une variété de prune au Québec.
SU: 19211