Vedette

torrée (n. f.)
[tɔʀe]

Définition

Région. Repas en plein air où l'on consomme des saucissons et des pommes de terre cuits sous les cendres et la braise d'un grand feu champêtre. (Par ext.) Grillade en forêt, pique-nique où l'on fait un feu pour griller quelques aliments. Photographie prise lors d'une torrée. On y voit le saucisson neuchâtelois entouré de papier d'aluminium en train d'être sorti du feu.
Les torrées jurassiennes. Une torrée traditionnelle. Faire une torrée avec les copains.
[État des données: avancé]

Variante(s) phonétique(s)

[tɔʀe:]

Variante(s) graphique(s)

torée (plus rarement)
Citation(s) Référence(s)
Ce jour-là, le nombre record des «torrées» fut sans doute battu; leur fumée s'en allait vagabonder parmi les feuillages, et le soleil, avant de l'aspirer, jouait avec elle autour des troncs et dans les branches indifférent au fumet des saucisses cuites sous la braise.
1959, W. Dubois, En poussant nos clédars, p. 25.
[littérature]
Un des inconvénients de la torrée authentique (je ne parle pas des grils perfectionnés à charbon de bois), c'est qu'il faut attendre toujours trop longtemps que le saucisson soit cuit et les patates à point, et qu'elles veuillent n'être plus brûlantes. C'est pourquoi il ne faut pas oublier le pain et le fromage, ou même la carotte crue à croquer pour ne pas gâter l'appétit des enfants.
1973, M. North, J. Montandon, Neuchâtel à table, p. 114.
[littérature]
Il faut, pour la torrée, du bois, beaucoup de bois. Il faut allumer très tôt un important brasier pour accumuler la quantité de cendres nécessaires à cette préparation. Ce n'est qu'après deux ou trois heures d'un feu vif, en ayant brûlé du bois bien sec, qu'on aura, sous la braise, la couche de cendres nécessaire à y enfouir les saucisses. [...] Elles resteront une heure environ dans ce chaud logis avant de pouvoir être sorties et dégustées. Cuites ainsi, elles ont, il faut bien l'avouer, un goût à nul autre pareil, qui fait de ces torrées une manifestation gastronomique de valeur pour tous ceux qui savent encore apprécier les choses simples de la campagne. On accompagne ces saucisses de la torrée de quelques salades, mais surtout de pommes de terre cuites elles aussi sous la cendre, et placées dans ce logement en même temps que les saucisses.
1975, J. Montandon, Le Jura à table, p. 90-91.
[littérature]
Profitant du dernier soleil d'octobre, les élèves de l'école primaire accompagnés de ceux de la garderie d'enfants se sont rendus dans la région de Bussy pour la traditionnelle torrée automnale, sous la surveillance du corps enseignant et de quelques membres de la commission scolaire [= organe exécutif communal responsable de la surveillance de l'école].
1976, L'Express, 29 octobre, p. 8.
[presse, journaux, périodiques]
La torrée est un rite profondément ancré, symbole de convivialité et de liberté. C'est aussi une technique, dont le respect des règles distingue les initiés. De grosses pierres sèches forment un foyer circulaire dans un pâturage. On y fait un feu de bois mort dans la braise duquel on mettra à cuire saucisson neuchâtelois, fromage du Jura, truites du Doubs, pommes ou pommes de terre...
1987, Neuchâtel / L'Avenir en fleur, une publication de la République et canton de Neuchâtel, p. 81.
[presse, journaux, périodiques]
Depuis fort longtemps, les Neuchâtelois ont l'habitude de profiter des derniers beaux dimanches d'automne pour réunir autour d'une torrée leur famille et des amis. Le menu type de la torrée est le saucisson du pays cuit sous la cendre, accompagné de pommes de terre en robe des champs. Dès 10 heures, petits et grands vont à la recherche de bois mort, qui servira à la préparation d'un grand feu généreusement alimenté, jusqu'à obtention d'un brasier rougeoyant, que l'on reforme en ratissant les cendres en tas serré, jusqu'à extinction complète des flammes.
1993, M. Rivière, R. Gessler, Quelques recettes neuchâteloises, p. 13.
[littérature]
Par la suite, J.-M. N. explique que «le grand art de la torrée», c'est de faire la cendre. Sous la cendre, vous cuirez tout, les patates du pauvre; le poulet dans son jus; le saucisson à l'ail bien sanglé, ficelé, empaqueté comme un colonel helvétique; la truite, voulez-vous l'essayer, avec un bout de beurre dans l'arête ? Sur la cendre embrasée, le gigot à la broche, l'entrecôte bien tendre, au dessert, châtaignes pétantes, pommes roussies, vin chaud.
1996, Construire, 18 septembre, p. 33.
[presse, journaux, périodiques]
[Pour la variante torée] Ce commerçant prévoyant, et imaginatif de surcroît, sait bien que, dans quelques semaines, le printemps ouvrira toute grande la porte des pique-niques, des grillades forestières, des broches odorantes, des torées montagnardes. Aussi a-t-il déjà prévu toute une gamme de spécialités, de quoi faire venir l'eau à la bouche des gourmands et gourmets.
1977, L'Express, 10 février, p. 12.
[presse, journaux, périodiques]
[Pour la variante torée] Berne autorise les torées dans les bois, à petit feu [titre]. Le Conseil fédéral veut interdire l'incinération des déchets en plein air. Mais autorise les grillades.
1997, Le Nouveau Quotidien, 8 janvier, p. 15.
[presse, journaux, périodiques]
Vous désirez faire des connaissances? Venez à la torrée du groupe positif, dimanche 7 octobre. Abris en cas de pluie.
2007, petite annonce dans le Courrier neuchâtelois, 3 octobre, p.18.
[presse, journaux, périodiques]

Répartition

  • s06 - Neuchâtel
  • s07 - Berne
  • s08 - Jura

Origine

Innovation sémantique français de Suisse

Historique

Première attestation : 1867, avec le sens de «bouffée, colonne de fumée épaisse» (BonNeuch); 1881, avec le sens de «feu de berger, ou en général feu allumé en plein air et de moyenne grandeur» (v. Pier). Ce sens est aujourd'hui vieilli («Au jardin, les déchets de toutes sortes laissés à même le sol après le passage de la neige étaient rassemblés et brûlés. Cette torrée annonçait le départ des travaux du printemps.» M.-F. Schenk, Notre autrefois, 1993, p. 24); le mot désigne désormais, par métonymie, le rituel culinaire et ludique et non le feu lui-même. Dérivé appartenant à la famille des descendants de t?rr®re (v. torailler ). En France voisine, on ne relève qu'une attestation de ce type lexical, dans le patois de la Grand'Combe (Doubs): cf. tur† n. f. «tourbillon de fumée» (v. FEW). — BonNeuch 1867; WisslerVolk 1909; Pier; FEW 13, II, 107b, t?rr®re I 1 a; Pid 1984, p. 172; PLi dp. 1989; Lengert 1994 (qui donne 1948 comme 1re att. du sens de «espèce de fête en plein air», mais sans aucune réf. textuelle); OffScrabble 1995; DSR 1999; Garino 2003.

Étymon du FEW

torrere

Données encyclopédiques

Traditionnellement, les torrées avaient lieu l'automne, dans les pâturages du Jura. De nos jours, elles peuvent avoir lieu tout au long de la belle saison, et s'apparentent parfois à un simple barbecue, à une grillade en forêt, à un pique-nique où l'on fait un feu pour griller quelques aliments.
SU: 19536