Vedette

Sauvages (été des ~) (loc. nom.)
De nos jours, le mot prend la majuscule à l'initiale quand il est employé comme substantif désignant une personne (un Amérindien), mais l'usage a fluctué constamment depuis le XVIIe s., compte tenu notamment de la valeur générique que peut prendre le mot (on remarque souvent, à cet égard, que sauvage s'écrit avec la minuscule à l'initiale alors qu'Indien prend la majuscule dans les contextes où les deux appellations se côtoient).

Définition

Vieilli Syn. de été des Indiens.
[État des données: avancé]

Variante(s) polymorphique(s)

petit été des Sauvages (parfois)
Citation(s) Référence(s)
Entre octobre et novembre, vient un temps qu'on appelle l'été de la St. Martin ou des Sauvages, qui, à mon sens, est délicieux. [...] Ce temps est calme et chaud. Le soleil paraît rouge et l'on définit bien sa rondeur. Ses rayons sont éteints par une espèce de fumée, à laquelle on donne pour cause l'embrasement des vastes prairies de l'Amérique, à l'ouest et au nord. Cette vapeur, se mêlant à la lumière, donne un ton plus moëlleux à tous les objets.
1858, Journal de l'instruction publique, Montréal, nov., p. 197.
[presse, journaux, périodiques]
L'automne est la plus belle saison de l'année, celle où la végétation se déploie davantage. L'abondance des Composées en fleur à ce moment, crée comme une illusion de renouveau. Mais l'équinoxe amène des vents froids chargés de pluie, après quoi se succèdent les quelques belles journées de «l'été des sauvages» ou été de la Saint-Martin. Puis c'est l'hiver pour de bon, le rigoureux mais salubre hiver canadien.
1935, Frère Marie-Victorin, Flore laurentienne, p. 26.
[études scientifiques]
Les eaux [du lac] sont presque calmes et le soleil se fait de plus en plus chaud. Ce sera sans doute la journée la plus chaude du voyage; il y a même des moustiques dans l'air. Un Indien nous fait alors remarquer que c'est l'été des sauvages qui commence et il ajoute : «Si vous pas tué aujourd'hui, vous pas chanceux; moi certain vous autres voir orignal aujourd'hui; pas faire bruit sur lac, lui venir boire au lac.»
1945, L. Alain, Le recueil du chasseur, p. 212.
[études scientifiques]
Je dis, toute contente : – Mais oui, Lucienne. J'irai chez vous avec joie. Et même pourquoi pas ce soir ? Il fait si beau aujourd'hui. [/] En effet, après une ou deux nuits de gel blanc, on était entré dans l'été des Sauvages. Il faisait chaud comme au plus beau de l'été; mais chacun sait que ces douces journées radieuses d'octobre sont dons exceptionnels, prompts à être retirés.
1977, G. Roy, Ces enfants de ma vie, p. 100.
[littérature]

Origine

Calque anglais nord-américain

Historique

Pour l'origine de la forme, voir sens 01. – Depuis 1858. Été des Sauvages est probablement un calque de l'anglais nord-américain Indian summer (pour la genèse de cette expression en anglais, v. l'article indien, sous Étymologie/Historique); son équivalent, été indien (puis été des Indiens), apparaît plus tard, ce qui confirme à nouveau la pénétration tardive de l'appellation Indien dans l'usage (voir sens 01.). Été des Sauvages a peut-être un lien avec une variante été sauvage qu'on relève dès 1784 dans une lettre du Français H. St. John de Crèvecœur, qui se fixa dans l'État de New York avant de repasser en France : « Quelquefois après cette pluie, il arrive un intervalle de calme & de chaleur, appelé l'Eté Sauvage; ce qui l'indique, c'est la tranquillité de l'atmosphère, & une apparence générale de fumée.» (Lettres d'un cultivateur américain, t. 1, 1784, p. 266). Cependant, on ne peut préciser si, à l'époque, l'auteur atteste un usage réel ou s'il traduit Indian summer dont on trouve d'ailleurs la première attestation dans la version originale de sa lettre rédigée en anglais aux États-Unis (v. DARE). La locution été sauvage a été par la suite remarquée par un autre Français, C.-F. Volney, qui la signale dans le français des États-Unis au début du XIXe s. (v. ses Œuvres complètes, t. 7, 1821, p. 259); elle a en outre été relevée chez divers groupes de francophones de l'Amérique du Nord, établis au Missouri, dans la région de Détroit et dans celle de Winnipeg (v. DorrSteGen 74 : été chouage; CarrDial 114 : été chouaze ou chouage; HullWinds 367; AlmDétr 126; H. de Lamothe, Cinq mois chez les Français d'Amérique, 1879, cité s.v. indien, sous Étymologie/Historique). À la lumière de ces données, on pourrait tout aussi bien faire l'hypothèse que c'est été sauvage qui est à l'origine de Indian summer, et non l'inverse.

Français de référence

Réalité propre
Emploi qui réfère à une réalité propre au pays ou à la région de la variété de français, ou qui en provient.

Francophonie

Commentaire(s) intrazone
On relève une variante été sauvage chez d'autres groupes francophones de l'Amérique du nord (v. Étymologie/historique).
QU: 2205