Vedette

liqueur (n. f.)
[likœʀ]
Surtout au pluriel.

Définition

Vieilli Toute boisson alcoolique (parfois à l'exclusion du vin et de la bière); (en partic.) boisson forte en alcool (comme le whisky, le rhum, le gin, le brandy).
Le commerce des liqueurs. L'interdiction de vendre des liqueurs le dimanche. Des liqueurs de contrebande. Vins et liqueurs.
[État des données: avancé]
Citation(s) Référence(s)
Et que par le deffendeur a esté dict qu'il est prest de faire voir toutes les futailles qu'ils ont encore et de donner un estat de tous ceux ausquels ils ont vendu des liqueurs afin que le demandeur puisse cognoistre qu'il n'en a eu aucunes qui ne soient marquées A.P. marque du dict sieur Petit [...].
1664, dans Jugements et délibérations du Conseil souverain, vol. 1, 1885, p. 265.
[archives et textes anciens]
Suivant les dépositions des prisonniers, les ennemis, au nombre de 12 à 15,000 hommes, se retranchent au fond du lac St-Sacrement. [...] Sept cents hommes gardent le fort d'Halfway's Brook. Il n'y passe plus que des convois de rhum, bière et autres liqueurs.
1758, le comte de Bougainville, «Journal de l'expédition d'Amérique commencée en l'année 1756, le 15 mars», dans RAPQ 1923-1924, p. 345.
[archives et textes anciens]
Au fond de la salle commune [de l'auberge], derrière le comptoir, deux jeunes garçons empressés à servir à de nombreuses pratiques des liqueurs de toutes sortes et de toutes couleurs.
1846, P. Lacombe, «La terre paternelle», dans Album littéraire et musical de La Revue canadienne, février, p. 15.
[littérature]
Par cette loi des liqueurs, Taschereau a établi le principe dangereux du monopole par l'état [sic]. C'est le principe bolchéviste. Pourquoi pas le monopole du tabac, des chaussures ou des «candies» ?
1923, M. Duplessis, dans Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 1er février, p. [6].
[presse, journaux, périodiques]

Origine

Emprunt d'un sens anglais

Historique

Depuis 1664. Les dictionnaires des XVIIIe et XIXe s. attestent que l'emploi de liqueur en France, en parlant d'une boisson alcoolique, était plus large que de nos jours où il ne se dit plus, en pratique, que d'un alcool sucré (v. Dupiney 1864 : «On désigne sous ce nom toutes les boissons alcooliques obtenues soit directement par la fermentation, soit en mélangeant avec l'alcool diverses substances aromatiques, auxquelles on associe fréquemment une certaine quantité de sucre»; v. aussi Féraud 1787). Mais le fait que liqueur se soit généralisé au Québec avec une valeur collective en parlant de toute boisson alcoolique et se soit spécialisé en parlant de boissons fortes comme le brandy, le whisky, le rhum, le gin, etc., s'explique par l'influence de l'anglais liquor (v. Gage 1984 : «an alcoholic drink, such as brandy, gin, rum, or whisky»; Webster 1986 : «a usu[ally] strong distilled alcoholic beverage (as whiskey, rum) rather than a fermented one (as wine, beer)»; Collins 1992 : «any alcoholic drink, esp[ecially] spirits, or such drinks collectively »; le mot liqueur est de nos jours attesté en France, dans la langue commerciale, en parlant de ces mêmes alcools, v. Robert 1985, sens IIa). Notre documentation permet de constater que liqueur pouvait déjà s'employer dans un sens large sous le Régime français (voir notamment les exemples de 1664 et de 1758), et qu'il se disait sans doute, de façon particulière, en parlant d'un alcool sucré comme le suggèrent les passages suivants : Une petite tasse de cristal a boire liqueurs avec son estuy de cuir (ANQQ, Québec, gr. L. Chambalon, 13 juin 1701, p. [6]); deux cents soixantes douze fiolles de licœurs differantes tenant environ chaceune demiar (ANQQ, Québec, gr. Fl. de Lacetière, 3 oct. 1702, p. [56]). Sous le Régime anglais, le mot a été associé peu à peu aux alcools non sucrés qui faisaient partie des habitudes des Anglo-Saxons (brandy, rhum, whisky, gin, etc.). L'évolution des valeurs qu'a prises le mot liqueur au Québec est donc associée à la rencontre des deux cultures, française et anglaise, qui ont façonné la personnalité des Québécois. À époque récente, l'influence de l'anglais s'est fait sentir de façon plus marquée dans le vocabulaire entourant la réglementation du commerce de l'alcool, le Québec ayant connu dans la première moitié du XXe s., comme le Canada anglais et les États-Unis, la prohibition, la lutte à la fabrication clandestine et le commerce illicite d'alcool. Ainsi, l'expression Loi des liqueurs rappelle l'anglais nord-américain Liquor Law (v. Craigie, Mathews). Voir aussi les sens 03. et 04.

Français de référence

Équivalent(s)
alcool, spiritueux (en parlant d'une boisson forte en alcool, surtout dans le voc. commercial ou administratif).
Remarque(s)
Dans l'usage courant en France, liqueur se dit plus particulièrement d'un alcool sucré, comme l'anisette, la prunelle, la crème de menthe, etc. (v. Étymologie/Historique); c'est cet emploi du mot qui s'impose de plus en plus dans l'usage québécois.