Vedette

cèdre rouge (loc. nom.)

Définition

Nom donné au genévrier de Virginie (Juniperus virginiana, fam. des cupressacées), conifère indigène de l'est des États-Unis, au bois odorant, qui résiste à la pourriture et éloigne la vermine (dont les mites); bois de ce conifère, d'une couleur rouge au centre (duramen) et presque blanche à la périphérie (aubier).
Planche de cèdre (rouge). Malle doublée de cèdre. Mangeoire en cèdre.
[État des données: avancé]

Variante(s) graphique(s)

Souvent cedre (XVIIe et XVIIIe s., plus rarement au XIXe s.), cédre (XVIIe et XVIIIe s.); parfois sed(d)re (XVIIe et XVIIIe s.), sèdre (XVIIIe s.), seidre (XVIIIe et XIXe s.) et saidre (XIX e s.). Voir Étymologie/Historique.

Variante(s) polymorphique(s)

cèdre (absol.)
Citation(s) Référence(s)
On y trouve les mesmes Arbres qu'en Europe, & il y en a encore d'autres, qui sont les Pins rouges, les Cedres rouges, les Epinettes, les Cottonniers, les Sapins, les bois Dier, & autres : Tous ces Arbres jettent de profondes racines & y deviennent extremement hauts, ce qui marque assez la bonté du terroir.
1683, L. Hennepin, Description de la Louisiane, 2e partie, p. 6.
[archives et textes anciens]
La pesche y est abondante [dans les environs du lac Ontario], en toute sorte de poisson, sur tout des Truites saumonées, beaucoup plus grosses que nos plus gros Saumons : les terres d'alentour extraordinairement fertiles, comme on l'a connu en differens endroits par experience : les chasses y presentent tout ce que l'on peut souhaiter de bestes fauves & de gibier : les forests peuplées des plus beaux arbres, que l'on trouve en Europe, & outre cela des Pins, des Cedres rouges, & des Epinettes [...].
1691, Chr. Le Clercq, Etablissement de la foy dans la Nouvelle France, t. 2, p. 108-109.
[archives et textes anciens]
Il y a deux sortes de Cedres, des blancs & des rouges; Il faut en être bien près pour distinguer l'un d'avec l'autre, parce que l'écorce est presque semblable. Ces arbres sont bas, toufus, pleins de branches, & a de petites feuilles semblables à des fers de Lacet. Le bois en est presque aussi leger que le liege. Les Sauvages s'en servent à faire les clisses & les varangues de leurs Canots. Le rouge est tout-à-fait curieux, on en peut faire de très beaux meubles qui conservent toûjours une odeur agréable.
1703, Nouveaux voyages de Mr. le baron de Lahontan, t. 2, p. 63-64.
[archives et textes anciens]
Cedre rouge. [...] Son bois est si odorant, et l'odeur est si vive, si des'agreable et si aromatique qu'elle procure le mal de tête a ceux qui habitent des cabanes baties avec ce bois, comme je n'ai jamais vû cet arbre, je ne saurois en faire une description plus exacte et je m'en rapporte a tout ce qu'en disent les voiageurs, cependant la couleur rougeatre de son bois et son odeur penetrante et aromatique et son incorruptibilité me donneroient lieu de penser que ce seroit le veritable Cedre semblable a ceux du Liban [...].
1749, J.-Fr. Gaultier, ANQQ, ms. «Description de plusieurs plantes du Canada», fos 219-220.
[archives et textes anciens]

Commentaires

Dans le commerce, l'appellation cèdre rouge est utilisée surtout pour désigner le bois du genévrier de Virginie.

Synonyme(s)

cyprès (jusqu'à l'époque de Champlain, dans le milieu des marins); genévrier ou genévrier de Virginie (appellations utilisées dans les centres de jardinage pour désigner le conifère et ses variétés vendus comme arbustes ornementaux)

Origine

Calque anglais nord-américain

Historique

Depuis 1683. L'emploi de cèdre rouge au XIXe s. par les lettrés et les spécialistes de diverses disciplines, qui l'opposent à cèdre blanc, suggère une influence prépondérante de l'anglais américain red cedar, lequel sert notamment à désigner le genévrier de Virginie (v. Craigie, Mathews et Webster 1986). L'appellation cèdre rouge, appliquée au genévrier de Virginie, apparaît en français de France au cours du XIXe s., sans doute par suite d'un calque direct de l'anglais nord-américain red cedar, sans rapport avec l'usage qui pouvait avoir cours dans le français du Canada (v. Dupiney 1857, Littré, Larousse 1866 et Larousse 1982); l'arbre aurait été introduit en France dès la seconde moitié du XVIIIe s. (v. Fr.-A. Michaux, Histoire des arbres forestiers de l'Amérique septentrionale, t. 3, 1813, p. 49 : «Depuis plus de cinquante ans, le Cèdre rouge est naturalisé en France et en Angleterre dans les jardins d'agrément [...].»).

Français de référence

Réalité propre
Emploi qui réfère à une réalité propre au pays ou à la région de la variété de français, ou qui en provient.

Données encyclopédiques

C'est en s'enfonçant dans les territoires intérieurs de la Nouvelle-France, en amont du fleuve Saint-Laurent ou de tributaires comme le Richelieu et l'Outaouais, que les Français ont pu découvrir le genévrier de Virginie, lequel abonde essentiellement dans tout l'est des États-Unis actuels et n'atteint, en territoire canadien, qu'une aire limitée au sud-est de l'Ontario et à l'extrême sud-ouest du Québec. Champlain est l'un des premiers Français à avoir vu le conifère dans la vallée de l'Outaouais, à la hauteur du lac des Chats, mais il le nommait cyprès rouge – d'après une ancienne terminologie de marin qui ne s'implantera pas en Nouvelle-France – plutôt que cèdre rouge. Compte tenu de sa distribution méridionale, cette essence n'était certainement pas familière à l'ensemble des habitants de la vallée du Saint-Laurent, mais elle était bien connue des voyageurs et des militaires affectés à la défense de la colonie dans les forts construits sur les frontières de la Nouvelle-France au sud de la vallée du Saint-Laurent. Mais puisqu'on en fait mention dans de rares inventaires de biens du XVIIIe s., il est possible que certains habitants aient utilisé le bois de ce conifère pour fabriquer des tables ou des guéridons (v. aussi l'ex. de 1703). On ne l'a toutefois pas employé pour les indispensables coffres à vêtements, lesquels étaient plutôt faits de pin et, parfois même, de merisier et de noyer. Les coffres de cèdre – de genévrier de Virginie – ne sont d'ailleurs apparus qu'assez tardivement dans la culture matérielle des Canadiens français. Même si l'abbé O. Brunet en fait mention dès 1867 dans son Catalogue des végétaux ligneux du Canada («on en fait des meubles propres à recevoir les fourrures pendant l'été»), sans doute d'après des renseignements tirés d'ouvrages américains ou canadiens-anglais, il semble que ce ne soit pas avant les années 1920 ou 1930 que ces meubles de rangement aient véritablement été commercialisés au Québec. Ils ont d'abord été importés de l'Ontario et des États-Unis où leur fabrication remonte à la seconde moitié du XVIIIe s. C'est également des anglophones que vient l'habitude de construire des garde-robes lambrissés de cèdre qui protègent contre les mites les vêtements qu'on y entrepose sur une longue période. Enfin, de nos jours, le commerce fournit aussi de petites mangeoires pour les oiseaux faites de ce bois, qui résiste naturellement aux parasites et aux intempéries. – Au sujet des coffres à vêtements et du matériau dont ils sont faits, v. O. Brunet, Catalogue des végétaux ligneux du Canada, 1867, p. 60; J. Palardy, Les meubles anciens du Canada français, 2e éd., 1971, p. 27-30, et 363-364; N. Genêt et al., Les objets familiers de nos ancêtres, 1974, p. 85-86; L. Oliver, Mobilier québécois, 1979, p. 31-34; M. Ste-Marie, Guide des antiquités québécoises, vol. 1, 1980, p. 163-182; G.A. Petrides, A Field Guide to Trees and Shrubs, 2nd ed., 1972, p. 27; E.L. Little, The Audubon Society Field Guide to North American Trees, vol.1, 1980, p. 310-311; R. Picard, «Du bahut au coffre d'espérance», dans Cap-aux-Diamants, no 30, 1992, p. 70; Arbres indigènes du Canada, 2e éd., 1937, p. 68.
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