Vedette

menterie (n. f.)
[mãtʀi]

Définition

Fam. (Surtout au pluriel). Mensonge. – (Spécial., avec une valeur atténuée). Mensonge léger, sans conséquence.
Conter, raconter, dire des menteries. Conte-moi pas de menteries! C'est rien qu'un paquet de menteries! Une grosse menterie. Une petite menterie. (Vieilli) Faire une menterie.
[État des données: avancé]

Variante(s) graphique(s)

mentrie (parfois)
Citation(s) Référence(s)
Le 7. Mars, m'etant apperçeu de quelque refroidissement nouveau je m'apperceus que La Cause provenoit de ce que Le malin esprit avoit renouvellé toutes Les anciennes menteries soit Contre Le Christianisme soit Contre nous Capables d'aliener L'esprit des sauvages [...].
1673, dans RJ 58, p. 56.
[archives et textes anciens]
Les amis du Gouverneur cherchent à l'excuser par mille Menteries qu'il faut changer d'un jour à l'autre; personne n'y est trompé.
1826, L.-J. Papineau, dans RAPQ 1953-1955, p. 245.
[archives et textes anciens]
– Pierre Côme : De même c'est pas Beau-Blanc qui t'a trouvé? – Didace : Ils m'ont dit que Beau-Blanc m'avait parlé. Moi j'en ai pas eu connaissance. – Pierre Côme : Toutes des menteries... des inventions de Beau-Blanc... Il est menteur comme... sept fois l'yable!
1963, G. Guèvremont, Le Survenant, 14 nov., p. 4 (radio).
[radio-télévision]
– Suzanne [...] : Toujours le nez dans les annonces classées, Gustave? [...] – Jérémie [...] : Il se cherche une place de premier ministre! – Suzanne, qui éclate de rire : Ça doit être pas mal rare. Il faut avoir de la patience. Et puis, de nos jours, ça doit pas être gai! – Jérémie : Ça prend des diplômes, de l'ambition et puis un bon bagage de menteries. – Suzanne : Sans oublier les patins de fantaisie.
1973, M. Dubé, La cellule, p. 21.
[littérature]
Sa première vraie grosse menterie. Mais François s'accommode mieux qu'il ne pensait du mensonge. Dans le fond, il s'aperçoit qu'il n'a jamais dit que ce qu'il voulait bien, et que mentir, une fois le premier pas fait, est assez facile.
1992, M. Laberge, Quelques adieux, p. 215.
[littérature]

Antomyme(s)

Au sens de «mensonge léger, sans conséquence», s'oppose à mensonge, qui a une valeur plus forte. Ainsi, on emploie souvent menterie de préférence à mensonge en s'adressant aux enfants pour éviter de les brusquer, pour souligner le caractère pardonnable de l'acte.

Origine

Maintien d'un lexème, d'un syntagme, d'une expression (avec son sens) français ancien et parlers régionaux de France

Historique

Depuis 1609 (M. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, p. 425 : commentaires [...] accompagnés de me[n]teries). Héritage de France. Menterie a cours en français depuis le XIIIe s., mais il ne se maintient plus en France que dans les parlers régionaux où, comme au Québec, il est souvent attesté au pluriel et employé dans la construction conter, dire des menteries (v. FEW mentìri 6-1, 745, et 751a, n. 38; v. aussi PRobert 1967-2000 «vieux ou région.», HachDUF «France rég.», TLF «vieux, pop. ou région.»). Au cours de l'histoire du français, menterie a eu pour synonyme le mot mensonge, lequel est d'ailleurs attesté plus tôt (XIIe s., v. FEW mentio 6-1, 735b) et a fini par s'imposer au détriment de son concurrent dont le sens s'est atténué progressivement dans le français parisien. Dès le XVIe s., menterie est attesté au sens de «mensonge léger» (ibid. 745a; v. aussi Fur 1690 : «On s'excuse ordinairement par des menteries»). À partir de la seconde moitié du XVIIIe s., les lexicographes français confirment cet affaiblissement sémantique et précisent que le mot est d'un registre plus familier que mensonge (FEW 6-1, 750b-751a; v. aussi Académie 1762, Trévoux 1771, Féraud 1787 et Boiste 1834; Chambaud 1805, Littré et Larousse 1866, s.v. mensonge, précisent la distinction à faire entre les deux mots). Menterie a connu un meilleur sort dans les parlers régionaux. La carte 836 de l'ALF illustre que c'était encore le mot usuel dans toute la moitié nord de la France au début du XXe s. C'est ce qui explique la vitalité particulière dont il a fait preuve au Québec et dans les autres parlers français d'Amérique du Nord (pour l'Acadie, v. PoirierG qui relève le mot au sens fort et au sens atténué; pour la Louisiane, v. DaigleCaj qui enregistre notam. 'tite menterie blanche «a little white lie» et grosse menterie «a big lie»). Le dicton selon lequel celui qui conte des menteries perdra ses dents se rattache également à une croyance signalée dans l'Ouest de la France (v. MussSaint : T'as fait ine menterie, mon feil [= fils]!, ta dent a chet [«est tombée»]).

Étymon du FEW

mentiri

Francophonie

Commentaire(s) intrazone
Attesté en Acadie (v. PoirierG qui relève le mot au sens fort et au sens atténué) et en Louisiane (v. DaigleCaj qui enregistre notam. 'tite menterie blanche «a little white lie» et grosse menterie «a big lie»).

Données encyclopédiques

Selon un dicton de formulation variable (surtout à l'adresse des enfants), conter des menteries fait tomber les dents (v. JutrParl 198-199, PPQ 2105C).
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