Vedette

sapin blanc (loc. nom.)

Définition

Vieilli (Dans un nom donné au sapin baumier (Abies balsamea), espèce indigène de l'Amérique du Nord, d'après une ancienne classification populaire; v. Encyclopédie). Sapin dont l'écorce est pourvue de nombreuses vésicules remplies de résine. – Bois de ce sapin; son écorce, ses rameaux, utilisés en médecine populaire dans la préparation de décoctions réputées soulager différentes affections, dont la toux.
Tisane, sirop de sapin blanc.
[État des données: avancé]
Citation(s) Référence(s)
L'Autriche se distinguait aussi dans son exposition de la seconde classe, et tout le monde admirait de préférence, une collection superbe de planches très minces de ce célèbre sapin de Moravie, si recherché par les luthiers pour la confection des instruments de musique. Ce sapin paraît en tout semblable, comme essence, au gros sapin blanc du bas Saint-Laurent, dont on ne tire aucun parti en Canada, bien qu'il fournisse une planche magnifique.
1855, J.-Ch. Taché, Catalogue raisonné des produits canadiens exposés à Paris en 1855, p. 312.
[autres textes écrits]
Il existe une seconde classe de terrains qui ont une apparence peu alléchante et qui, cependant, forment d'excellents établissements; ce sont les terrains couverts de cèdre blanc, d'épinette noire, de sapin rouge, de sapin blanc, d'aunes communs, de peuplier, de baumier et de bourdaine.
1890, Ch.-E. Rouleau, Le guide du cultivateur, p. 101.
[études scientifiques]
Sirop de sapin blanc[.] 4 livres de sucre blanc / 4 livres d'écorces de sapin blanc / 1 gallon d'eau.
1958, Nos recettes, p. 96.
[autres textes écrits]
Recueillie par les hommes en tout temps, l'écorce de sapin blanc ne demandait pas de procédé spécial pour être coupée. On trouvait du sapin blanc un peu partout dans les bois. On la «plemait» jusqu'au bois à l'aide d'un couteau, puis on la faisait bouillir dans de l'eau pour en faire une tizane [sic]. On la laissait refroidir et on la buvait ainsi.
1974, Saint-Noël (Matapédia), AF, C. Raymond, ms. 20.
[enquêtes]

Origine

Innovation sémantique français de référence

Historique

Voir sens 01. – Depuis 1855, mais de façon plus explicite en 1862 (ProvFlore 555). Peut-être d'après la couleur de l'écorce grisâtre des jeunes arbres. Si ce terme appartient bien à une ancienne nomenclature populaire créée par des forestiers et qu'il repose sur des caractéristiques observables – auxquelles ne se sont pas attardés les spécialistes de la botanique –, il doit être considéré comme une création canadienne. L'appellation canadienne sapin blanc est sans lien avec sapin blanc, qui sert à désigner en France, depuis le XVIIIe s., l'espèce du sapin (Abies alba) indigène d'Europe (v. Aubert 1751, Enc, Littré, Quillet 1974, Larousse 1982-1987).

Français de référence

Réalité propre
Emploi qui réfère à une réalité propre au pays ou à la région de la variété de français, ou qui en provient.

Données encyclopédiques

Dans sa célèbre Flore parue en 1862, l'abbé L. Provancher distingua pour les conifères du genre Abies deux espèces qu'il croyait coexister dans l'Est nord-américain : l'Abies balsamea, qu'il dénomma sapin baumier, et l'Abies Americana, qu'il appela sapin d'Amérique; pour l'une et pour l'autre, il mentionna aussi des noms populaires, respectivement sapin blanc et sapin rouge, ce qui donne à penser que cette distinction avait sans doute déjà été faite auparavant par les forestiers. Par la suite, plusieurs spécialistes adoptèrent la classification de Provancher jusqu'à ce que Marie-Victorin, dans les années 1920, en remette en question le bien-fondé. Selon ce dernier, il n'existe en fait qu'une seule espèce de sapin indigène dans ce coin d'Amérique, le sapin baumier (Abies balsamea); quant à l'Abies Americana, il ne correspondrait tout au plus qu'à une forme écologique, à écorce épaisse, de l'autre – connue effectivement des forestiers sous le nom de sapin rouge – et non à une espèce telle que l'entendent les botanistes selon la systématique moderne. En 1935, dans quelques paragraphes d'une solide réflexion sur la logique intrinsèque de la nomenclature utilisée par les forestiers, Marie-Victorin expliquait que les noms donnés aux deux formes du sapin baumier reflétaient une conception dynamique de l'espèce basée sur des phases de leur développement : «[...] il semble bien que le Sapin rouge et le Sapin blanc de nos gens [...] ne soient que deux états successifs des mêmes individus.» Il n'indiqua cependant pas à quoi correspondaient les couleurs blanc et rouge, mais il se peut que blanc réfère à la couleur grisâtre (parfois perçue comme bleuâtre, d'où sapin bleu) de l'écorce lisse des jeunes arbres, et rouge à la couleur brun rougeâtre de l'écorce écailleuse des arbres plus âgés. Ce cas montre qu'il peut être difficile de comprendre de nos jours les noms appartenant à des nomenclatures populaires, surtout quand ils sont vieillis et que ce qui en motivait l'existence est sorti de la mémoire collective. – L. Provancher, Flore canadienne, 1862, p. 555-556, et dans Le Naturaliste canadien, vol. 10, no 1, 1878, p. 25; J.-Chr. Langelier, Les arbres de commerce de la province de Québec, 1906, p. 40-44; Frère Marie-Victorin, Les Gymnospermes du Québec, 1927, p. 20-21, et Flore laurentienne, 1935, p. 6.