Vedette

goudrelle (n. f.)
[ɡUdʀɜl]

Définition

(Dans le voc. de l'acériculture traditionnelle). Petite lame de bois ou de métal, général. en forme de gouge, que l'on enfonce au bas d'une entaille pratiquée dans l'aubier de l'érable pour conduire l'eau sucrée à un récipient; (par ext.) rare syn. de chalumeau.
[État des données: avancé]

Variante(s) morphologique(s)

goudrille [gUdRIj]; goudille (vieux)
Citation(s) Référence(s)
(Pour la variante goudrille). Leurs auges creusés [sic], si le temps le permet, c'est-à-dire qu'il soit assez chaud, ils entaillent leurs érables de la manière suivante : Ils font avec leur hache une entaille oblique de quatre pouces sur deux, et mettent au bord de la coupe, un petit morceau de bois de huit pouces de long, sur un de large, qui est fait en façon de dalle (qu'ils appellent goudrilles) dans laquelle l'eau qui sort de l'arbre s'écoule et va tomber dans l'auge qui est au pied et qui peut contenir trois pots.
1788 env., P.-G. Roy (éd.), Mémoires de Nicolas-Gaspard Boisseau, 1907, p. 82.
[archives et textes anciens]
On fabrique les goudrelles ou goutterelles, qui sont de petites gouttières en cèdre, fendues à la gouge, de neuf ou dix pouces de longueur sur une largeur de deux pouces et une épaisseur d'environ deux lignes. Par un bout on les taille en biseau de façon qu'elles puissent entrer exactement dans l'ouverture pratiquée avec le tranchant de la gouge dans l'aubier de l'érable. Ce travail est généralement laissé aux enfants. Que j'en ai fendu et aiguisé de ces bonnes goudrelles, quand j'étais tout jeune – il y a bien longtemps!
1890, N. Legendre, «Annibal», dans Le Canada-français, vol. 3, p. 578.
[littérature]
(Pour la variante goudille). Nos défricheurs improvisèrent donc au beau milieu du bosquet une petite cabane temporaire, et après quelques jours employés à compléter leur assortiment de goudrelles ou goudilles, d'auges, casseaux et autres vases [...], tous deux, un bon matin, par un temps clair et un soleil brillant, s'attaquèrent à leurs deux cents érables.
1862, A. Gérin-Lajoie, «Jean Rivard, le défricheur canadien», dans Les Soirées canadiennes, vol. 2, p. 127-128.
[littérature]

Synonyme(s)

goutterelle; coin (notam. dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie), coulisse (notam. dans Lanaudière), gouge (notam. au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans Charlevoix et dans la baie des Chaleurs) (v. PPQ 954)

Commentaire géolinguistique

Goudrelle est la forme attestée surtout à l'ouest d'une ligne perpendiculaire au fleuve Saint-Laurent qui passe par Deschambault, tandis que goudrille l'est surtout à l'est de cette ligne (v. PPQ 954); cette répartition paraît avoir été identique au tout début du XXe s. (v. BPFC 1/7, 1903, p. 125).

Origine

Innovation sémantique parlers régionaux de France

Historique

Pour l'origine de la forme, voir sens 01.Goudrille, depuis 1788 environ; goudrelle, depuis 1857 (ANQM, Varennes (Verchères), gr. M.-A. Girard, 9 mars, p. [6] : Un lot de goudrelles). Ce mot, sous ses deux variantes, est issu des parlers de l'Ouest de la France où il sert à désigner un couteau ou sa lame (v. sens 01.). En Nouvelle-France, il a connu un développement sémantique particulier qui s'explique par le fait qu'on utilisait généralement une lame de couteau pour conduire l'eau extraite des érables à un récipient. Le mot canadien goudrelle a été enregistré une première fois par les lexicographes français dans GuérinS; il figure par erreur sous FEW m. néerl. kodde 16, 341a et sous FEW 23, 106a, et doit être reclassé sous l'étymon cûlter (v. JunBell 171). Goudille, depuis 1862. Cette variante de goudrille devait sans doute être connue dans les parlers de l'Ouest de la France : cp. goudelle et godille «lame (de couteau)», relevés dans ces parlers (ALO 738).

Étymon du FEW

culter

Bilan métalinguistique

Clapin (pour la variante goudille).

Français de référence

Réalité propre
Emploi qui réfère à une réalité propre au pays ou à la région de la variété de français, ou qui en provient.

Données encyclopédiques

La goudrelle ou goudrille est un petit conduit ressemblant à une règle légèrement incurvée sur la largeur, fait de bois (cèdre, sureau, vinaigrier) ou de métal (surtout fer-blanc). Enfoncée au bas d'une entaille pratiquée au printemps dans l'aubier des érables, elle permettait à l'eau sucrée de s'écouler dans un récipient suspendu en dessous (cassot d'écorce de bouleau, chaudière de fer-blanc) ou déposé au pied de l'arbre (auge de bois), d'où sa longueur relative pouvant atteindre jusqu'à 25 centimètres. À l'origine, ce petit conduit n'était qu'une simple lame de couteau (appelée goudrelle ou goudrille dans des régions de l'Ouest de la France, v. sens 01.) comme le rapportent la plupart des auteurs sous le Régime français, dont le baron de Lahontan, en 1703 : «[...] on taille l'arbre deux pouces en avant dans le bois, & cette taille qui a dix ou douze pouces de longueur est faite de biais; au bas de cette coupe on enchasse un coûteau dans l'arbre aussi de biais, tellement que l'eau coulant le long de cette taille comme dans une goûtiére, & rencontrant le coûteau qui la traverse, elle coule le long de ce coûteau sous lequel on a le soin de mettre des vases pour la contenir.» Vers la même époque, quelques auteurs (N. Denys, P.-Ch. Le Sueur) mentionnent également l'utilisation d'un petit tuyau au lieu d'une lame, ce qui ne semble toutefois pas avoir été pratique courante. Ce n'est que vers les années 1870 qu'on a commencé à faire usage d'un instrument en forme de tuyau, nommé alors chalumeau, qui a fini par remplacer la goudrelle ou goudrille. – Nouveaux voyages de Mr. le baron de Lahontan, t. 2, 1703, p. 59; Mass no 347; PPQ 954 (commentaire).
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