Vedette

gens-gagés (n. m.)

Définition

Personne qui a pactisé avec le diable et qui apparaît la nuit sous forme d'animal (lièvre, chien, etc.), de plante ou de bâton ailé (v. bâton-volant) pour tourmenter les gens.
Un gens-gagés, des gens-gagés.
[État des données: avancé]
Citation(s) Référence(s)
Vireil connaît des choses et nous en raconte d'éblouissantes, de saisissantes, qui nous ravissent, nous excitent, nous font frémir. Des histoires de gens-gagés, par exemple. Des personnes qui, la nuit, se transforment en n'importe quelle bête; parfois même en plantes et qui, sous cette apparence, font du mal aux autres, aux chrétiens, sur les ordres du diable. Vireil a déjà entendu des bâtons-volants : des gens-gagés en forme de bâtons ailés qui, la nuit, survolent la campagne avec un bruit de vent qui parle, et sèment la maladie, le malheur, la mort même dans les cases. [...] L'animal dont les gens-gagés revêtent le plus communément la forme est le lièvre. [...] Les gens-gagés se présentent quelquefois aussi sous forme de chiens énormes qu'on rencontre, la nuit, à une croisée de chemins, les yeux projetant des lueurs aveuglantes, la gueule pleine de flammes.
1950, J. Zobel, La Rue Cases-Nègres, p. 147.
[littérature]
La marraine ne put pas remettre sa peau. Quand vint le jour, elle mourut, car la lumière du soleil tue les gens-gagés.
1950, J. Zobel, La Rue Cases-Nègres, p. 151.
[littérature]
Une nuit, vous revenez d'une fête, par exemple, et brusquement quelque chose de blanc traverse en un bond le sentier : un lapin! C'est un gens-gagés! Signez-vous.
1950, J. Zobel, La Rue Cases-Nègres, p. 147.
[littérature]

Synonyme(s)

bâton-volant; gagé, ée; soukougnan

Répartition

  • Martinique

Origine

Innovation lexématique, syntagmatique, phraséologique français des Antilles

Historique

Le composé gens-gagés (de gens et gagé) est peut-être un calque du type créole moun gajé, attesté dans plusieurs sources; en même temps, il est favorisé par sa paronymie avec le type créole angajé, aussi attesté avec ce sens.

Bilan métalinguistique

«Les régionalismes dans La Rue Cases-Nègres (1950) de Joseph Zobel», dans A. THIBAULT (coord.), Richesses du français et géographie linguistique (vol. 2), Bruxelles : De Boeck / Duculot, 2008, pp. 260-262.
AN: 5314