Vedette

beurrer (v. trans.)
[bœʀe]

Définition

Fig., fam. Tromper, duper (qqn), lui raconter des histoires, le leurrer par des propos flatteurs, de fausses promesses.
Beurrer les électeurs, les habitants. Se faire beurrer. Se laisser beurrer par de beaux discours.
[État des données: avancé]

Variante(s) phonétique(s)

[bøʀe] (pop.)
Citation(s) Référence(s)
Ce n'est toujours pas toi, animal, qu'elle lui dit, que le seigneur a cherché à ruiner : il y a douze ans que tu as acheté ta terre et tu n'as encore payé ni rentes ni zoléventes (lods et ventes). Ta femme qui est aussi chétive que toi, s'en va beurrer le seigneur, et il lui dit : c'est bon pauvre femme, à une autre année.
1866, Ph. Aubert de Gaspé, Mémoires, p. 453-454.
[littérature]
– Baptiste : Comment Mercier a-t-il fait pour arriver au pouvoir ? – Ladébauche : Mercier est une fine mouche. [ ... ] Il a beurré les nationaux avec de belles promesses [ ... ].
1887, Le Violon, Montréal, 5 février, p. 2.
[presse, journaux, périodiques]
– Caroline : Les contribuables de la paroisse prétendent qui sont pas pour payer pour le village. – Cyprien : Voyons, madame Malterre, vous n'êtes pas pour vous laisser leurrer. – Caroline : Me laisser beurrer. – Cyprien : Beurrer, leurrer, comme vous voudrez. Le projet de l'aqueduc a été voté au Conseil. Nous bâtissons l'aqueduc et toute la corporation va payer pour.
1944, Cl.-H. Grignon, Un homme et son péché, 22 août, p. 2 (radio).
[radio-télévision]
Il [ l'ex-ministre ] a aussi affirmé qu'il était difficile de dire ce qu'on pense lorsque l'on fait partie d'un cabinet, promettant que dès qu'il aura rompu les liens avec le gouvernement provincial, il expliquera comment «les Québécois se font duper, berner et beurrer».
1988, La Presse, 6 oct., p. B4.
[presse, journaux, périodiques]

Synonyme(s)

Origine

Maintien d'un sens parlers régionaux de France

Historique

Depuis 1866. Sans doute hérité de France; cp. être beurré «être trompé» dans le Nord-Ouest de la France (FEW bùtyrum 1, 664b) et l'expression beurrer des tartines «chercher à convaincre, à séduire par des paroles doucereuses», relevée au XIXe s. (v. Larousse 1866 et Guérin). Cp. encore, en jersiais (v. LeMJers), embeurrer illustré par l'exemple suivant : I' chèrchait à m'embeurrer atout [«avec»] ses fliat'ties [ [«flatteries»] ; j'm'en sis bien apèrchu!). Cp. enfin beuré n. m. «tromperie» en Moselle, dans le Nord-Est de la France (v. ZélMos). Une influence de l'anglais n'est toutefois pas exclue, cp. to butter (up) «to beguile or cover with lavish or fulsome flattery or praise» (Webster 1986; v. aussi Random 1983 et OED).

Étymon du FEW

butyrum